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Valéry Giscard a poursuivi la diplomatie d’influence française en Afrique

Disparu à 94 ans, Valéry Giscard d’Estaing, qui a présidé aux destinées de la France de 1974 à 1981, avait une relation particulière à l’Afrique, autant sur le plan politique où il a essayé, sans totalement y parvenir, de rompre avec l’approche gaullienne de la relation entre la France et l’Afrique que sur le plan personnel. Illustration : l’Afrique est le cadre de son dernier roman Mathilda, qui conte l’histoire tragique d’une famille allemande installée en Namibie. Pour Le Point Afrique, Antoine Glaser restitue la vision et l’action du président Giscard d’Estaing en Afrique.

Quelle était sa vision de l’Afrique dans le contexte international de l’époque ?

« Il avait tenté d’amorcer une nouvelle politique triangulaire “Europe-Afrique-Monde arabe” qui n’a jamais vraiment fonctionné », explique Antoine Glaser, spécialiste de l’Afrique.
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Antoine Glaser : Le président Valéry Giscard d’Estaing avait une vision beaucoup plus géostratégique – intégrant tous les défenseurs de l’Occident contre l’Union soviétique –que le gaullisme traditionnel, qui avait conservé une stratégie de pré carré « France-Afrique » dans les seules anciennes colonies. Cette vision s’est concrétisée au moment des interventions des parachutistes français au Zaïre, à la fin des années 1970, un peu dans le dos des Belges, dont c’était l’ancienne colonie, mais avec l’appui des Marocains sous Hassan II et des Américains. La France jouait alors à plein son rôle de « gendarme de l’Occident ». Par comparaison, sous Charles de Gaulle et Georges Pompidou, la France surveillait autant l’influence des Anglo-Saxons (d’où le soutien à la guerre du Biafra) que les Soviétiques, et seulement à partir de ses anciennes colonies d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale.

Quelle conception avait-il de la relation de la France avec le continent ?

Avant tout, Valéry Giscard d’Estaing avait une relation passionnelle et secrète pour l’immensité de la forêt équatoriale, ce qui explique son soutien inconditionnel à l’empereur Bokassa, dont il a assuré le financement et la logistique du sacre. Ce n’est pas un hasard si son dernier roman (Loin du bruit du monde) qui vient de paraître chez XO raconte l’histoire d’un homme politique français qui disparaît du jour au lendemain pour retrouver le bonheur dans la forêt centrafricaine. Sur le plan politique, il n’aimait pas trop les chefs d’État du pré carré traditionnel qu’il trouvait trop proches de ses concurrents gaullistes à Paris. Il avait tenté d’amorcer une nouvelle politique triangulaire « Europe-Afrique-Monde arabe » qui n’a jamais vraiment fonctionné. Il a poursuivi la diplomatie d’influence française en Afrique à travers les sommets franco-africains qu’il avait initiés et la poursuite de la gestion de la Zone franc qu’il avait déjà gérée en tant que ministre de l’Économie et desFinances. Les francs CFA ne sont-ils pas toujours imprimés à Chamalières dans le fief des Giscard d’Estaing ?

Qu’a-t-il apporté de nouveau, lui qui est présenté comme un président modernisateur de la France ?

Il a tenté de sortir du tête à tête de la France avec ses anciennes colonies sans rencontrer plus de succès que son « dauphin » virtuel, Emmanuel Macron aujourd’hui. On ne peut pas vraiment citer d’acte fondateur de sa part pour l’émancipation de l’Afrique et des Africains. Par contre, il a beaucoup œuvré en faveur de l’industrie d’armement française dans l’Afrique du Sud de l’apartheid, y compris dans le domaine nucléaire.

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