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Valéry Giscard d’Estaing et l’Afrique : un amour contrarié

 

L’ancien président français Valéry Giscard d’Estaing, âgé de 94 ans, est décédé ce 2 décembre 2020 « entouré de sa famille » dans le centre de la France. En Afrique, si on se souvient de VGE comme celui qui a tenté de pacifier les relations entre Paris et les capitales africaines, son nom reste définitivement associé à celui de Jean-Bedel Bokassa, le dictateur centrafricain à qui il avait réservé sa première visite présidentielle avant de le faire renverser quelques années plus tard. « C’est vrai que j’aime l’Afrique. Cet amour a eu des conséquences sur le cours de ma présidence », écrivait VGE en 1991, dans Le Pouvoir et la Vie. L’affrontement, deuxième tome de ses Mémoires.

L’hypothèque du scandale des diamants de Bokassa

En effet, les révélations du Canard enchaîné, le 10 octobre 1979, sur les diamants offerts par le président centrafricain à Valéry Giscard d’Estaing alors ministre des Finances, en 1973, vont durablement entacher son image. La semaine suivante, Le Canard a affirmé que la valeur de la plaquette de diamants est d’un million de francs et précise que d’autres diamants lui ont été offerts à l’occasion de ses déplacements à Bangui entre 1970 et 1975. Le 27 novembre, le président Giscard d’Estaing a opposé un « démenti catégorique et méprisant » aux allégations concernant la valeur des cadeaux qu’il aurait reçus. « Il faut, dit-il, laisser les choses basses mourir de leur propre poison ». Un an plus tard, le 16 septembre 1980, l’hebdomadaire satirique a relancé l’affaire en publiant un entretien téléphonique avec l’ancien empereur centrafricain Jean Bedel Bokassa, déposé de son trône le 20 septembre 1979 par la France agacée de le voir se rapprocher du guide libyen Mouammar Khadafi. Le voilà qui affirme « avoir remis à quatre reprises des diamants au couple présidentiel ». Et de poursuivre : « Vous ne pouvez pas imaginer ce que j’ai remis à cette famille-la. » Le 10 mars 1981, VGE déclare à la télévision qu’il « n’y a aucun mystère dans l’affaire des diamants » et que « le produit de ces cadeaux a été versé à des œuvres humanitaires centrafricaines ». Il précise que les diamants ont été vendus « au profit de la Croix-Rouge centrafricaine, d’une maternité, d’une pouponnière et d’une mission ».

Selon Le Point du 22 mars 1981, qui a consulté la comptabilité des cadeaux officiels à l’Élysée, les diamants ont été vendus pour une somme de 114 977 francs remise à des œuvres de bienfaisance centrafricaines, Dans une interview au Washington Post du 8 mai 1981, l’empereur déchu a réaffirmé avoir offert des diamants à VGE, en présence de témoins, à quatre occasions en huit ans. Contrairement aux indications du président français pour qui les diamants reçus n’étaient que de petites pierres, Bokassa a affirmé lui avoir offert des diamants de 10 à 20 carats. Il a soutenu également avoir offert à la famille Giscard d’Estaing, dont deux cousins, plus de diamants qu’à n’importe qui d’autre. « Je les ai gâtés », a-t-il déclaré avant de poursuivre : « Ils sont pourris. » Pour la petite histoire, Bokassa a reconnu accorder cette interview, à la veille du second tour de l’élection présidentielle, dans le but d’empêcher la réélection de VGE. « Je règle mes comptes avec ceux qui ont provoqué ma chute », a-t-il indiqué en guise de conclusion de son entretien. Peut-on dire qu’il y a un lien de cause à effet. En tout cas, le 10 mai, François Mitterrand l’a emporté pour devenir le premier président socialiste de la Ve République.

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Une volonté de renouvellement de la relation entre la France et l’Afrique

Le symbole est d’autant plus dévastateur que VGE avait entrepris de nombreuses initiatives pour tisser des liens solides avec le continent. Président, Valéry Giscard d’Estaing a affiché une ferme volonté de rompre avec la méthode du général de Gaulle. Il se promettait de rendre « l’Afrique aux Africains » en fermant la porte aux réseaux Foccart, en pacifiant les rapports du pays avec l’Algérie et en se rapprochant d’anciens pays avec lesquels les relations étaient difficiles, comme la Guinée de Sékou Touré. Ainsi, dès son élection, VGE a rétabli le ministère de la Coopération, un souhait des chefs d’État africains en lieu et place de l’ancien secrétariat général aux Affaires africaines et malgaches présidé par Jacques Foccart. Par ailleurs, sous sa présidence se sont tenus pas moins de six sommets France-Afrique. Autant dire que l’appréciation de la relation de Giscard avec l’Afrique ne pourrait être réduite à ce qui s’est passé avec Bokassa et la Centrafrique.

L’arrivée de VGE aux affaires a en effet aussi marqué le retour des militaires français sur le continent contre des rébellions.

À la fin des années 1970, en pleine guerre froide, Paris est accusée de jouer le rôle de « gendarme de l’Afrique » avec ses interventions par deux fois au Tchad et surtout dans l’ex-Congo belge devenu Zaïre et aujourd’hui République démocratique du Congo. En 1977 d’abord, pour secourir le général Mobutu lors de la premières guerre du Shaba, puis le 19 mai 1978 quand la Légion étrangère saute sur Kolwezi afin de libérer la ville des rebelles katangais soutenus par l’Union soviétique. Les opérations qui vont suivre, Tacaud au Tchad, Barracuda en Centrafrique, toutes marquées du sceau du secret, seront décriées. « Je ne veux pas que les États africains, amis de la France, lorsqu’ils sont à l’intérieur de leurs droits et que leur sécurité est menacée se sentent abandonnés. Ils ne seront pas abandonnés », avait justifié le président Giscard d’Estaing.

Les réseaux de la Françafrique toujours en œuvre quand même

En coulisses, VGE a voulu jouer toutes les cartes dans un monde en profonde mutation. Il s’est largement appuyé sur René Journiac, un discret Monsieur Afrique, mais un digne successeur de Jacques Foccart, dont il était le bras droit. Ce qui fera dire à l’ancien ministre des Affaires étrangères Louis de Guiringaud : « L’Afrique est le seul continent où la France peut encore, avec 500 hommes, changer le cours de l’Histoire. » Pour VGE, l’objectif est aussi économique. Les entreprises françaises n’ont pas hésité à faire des affaires en Afrique du Sud encore sous le régime de l’Apartheid. Parallèlement, VGE et son Monsieur Afrique se sont lancés sur la piste de la manne pétrolière du Gabon et du Congo avec des recherches approfondies, ou encore la recherche d’uranium au Niger pour assurer l’avenir nucléaire de la France. Résultat : aujourd’hui, l’Afrique conserve cette image d’un président partagé entre rupture et conservatisme.

Des dirigeants africains réagissent à la mort de VGE

Du président Ali Bongo du Gabon, en passant par Macky Sall, président du Sénégal, jusqu’à des anonymes, ils ont été nombreux à réagir à l’annonce de la mort de l’ex-président Valéry Giscard d’Estaing. Petit tour de piste.

 

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