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Une aborigène élue à la présidence de l’Inde – Le Monde

La nouvelle présidente indienne, Droupadi Murmu (à gauche), et le premier ministre, Narendra Modi (au centre), après l’investiture de la cheffe d’Etat, le 25 juillet 2022 (photo transmise par le palais présidentiel).

La nouvelle présidente indienne, Droupadi Murmu, est non seulement la deuxième femme à occuper cette fonction depuis l’indépendance (1947), mais elle vient de créer un précédent historique en devenant le premier représentant d’une communauté d’Adivasis (aborigènes) à être élu au sommet de l’Etat. Elle a prêté serment lundi 25 juillet.

Le poste de président de l’Inde est certes honorifique, et son pouvoir comparable à celui des présidents allemand ou italien. Mais voir cette femme de la tribu des Santal – population pauvre du centre et de l’est de l’Inde – élue à la présidence est un événement en soi. Les Adivasis, populations dites « autochtones », sont longtemps restés marginalisés et reclus, notamment au centre et dans l’est du pays, dans les forêts des Etats du Jharkhand, du Bihar, de l’Assam et de l’Odisha – Etat dont Mme Murmu, âgée de 64 ans, est originaire.

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L’ensemble des groupes tribaux représente 8,6 % de la population indienne, soit environ cent millions de personnes. L’écrasante majorité d’entre eux (plus de 80 %) sont répertoriés comme vivant encore sous le seuil de pauvreté. A Uparbeda, village natal de Droupadi Murmu, les gens cuisinent au feu de bois, vont chercher de l’eau à la pompe, et l’électricité vient tout juste d’être installée.

Ex-institutrice, la nouvelle présidente a occupé des postes dans l’administration avant de devenir une responsable politique professionnelle et d’occuper plusieurs fonctions de ministre dans le gouvernement régional de son Etat de l’Odisha. Elle est devenue en 2015 gouverneure de l’Etat du Jharkhand, où près de 30 % de la population est tribale.

Etendre le périmètre électoral

Membre du Parti du peuple indien (BJP), la formation des nationalistes au pouvoir, Mme Murmu est aussi une pièce de plus sur l’échiquier politique du premier ministre, Narendra Modi : elle permet à ce chantre de l’idéologie hindoue nationaliste de démontrer qu’il est capable d’élargir la base sociale de sa formation. Droupadi Murmu est celle qui « donne du pouvoir aux pauvres, aux opprimés, et tout spécialement aux populations marginalisées », s’est félicité le premier ministre.

« Le choix du Rashtriya Swayamsevak Sangh [Corps national des volontaires, RSS – matrice idéologique du BJP] s’était déjà porté sur Droupadi Murmu lors de la précédente élection présidentielle, il y a cinq ans, mais, à l’époque, Narendra Modi craignait de perdre le vote de la communauté dalit [intouchable] : ils n’ont pas tenu compte de l’avis du RSS et ont désigné un autre candidat, Ram Nath Kovind, un dalit », rappelle Arati Jerath, une éditorialiste indienne. Il s’agissait donc déjà d’élargir la base politico-communautaire, mais cette fois-là en direction des électeurs situés au plus bas de la hiérarchie du système de castes.

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