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Théâtre. « Nous craignons de perdre le lien avec une partie du public » – L’Humanité

François Noël Directeur du Théâtre de Nîmes

Le festival aurait dû commencer ces jours-ci. Mais devant la pandémie et l’absence de toute mesure viable et visible, il n’aura pas lieu. Une situation qui touche tous les lieux de culture et de création, maintenus sous cloche par un gouvernement défaillant à bien des égards.

Comment avez-vous accueilli l’annonce des premières mesures de confinement, puis des secondes ?

François Noël Au mois de mars, une grosse coupure m’a paru logique, vu le développement exponentiel de la maladie. C’était compréhensible. Tout le monde arrêtait tout. Le deuxième confinement m’a semblé plus difficile à comprendre, car nous étions dans un entre-deux. Le 15 décembre, on n’a pas rouvert, sans doute parce que les mesures du deuxième confinement n’avaient pas été assez efficaces. Nous avons accueilli deux compagnies en résidence, l’idée étant que les spectacles soient prêts au moment du redémarrage. On a trop investi sur une reprise d’activité le 15 décembre.

À quoi ces mesures drastiques vous ont-elles réduit quant à la programmation initialement prévue ?

François Noël J’ai finalisé la programmation au cours du premier confinement. J’avais senti qu’on allait avoir un problème à la rentrée, que j’avais décalée. Les spectacles ne commençaient que le 15 octobre. On a annulé le premier, l’un des interprètes étant positif au Covid. On a pu donner le spectacle d’une chorégraphe danoise et l’on a dû annuler douze spectacles, uniquement sur la rentrée.

Vous êtes responsable du Festival flamenco. Quels dommages matériels et spirituels sont à redouter s’il ne peut avoir lieu ?

François Noël J’ai tenté d’envisager tous les cas de figure. Le festival a été drastiquement réduit. D’ordinaire, une manifestation de ce type représente une vingtaine de pièces différentes, en plusieurs lieux de la ville. J’ai recentré sur deux lieux : le Théâtre national de Nîmes et la Scène des musiques actuelles. Quatre spectacles seulement. Si tout se passe bien, cela nous permettra de retenir du flamenco dans la saison, en plaçant les artistes dans les meilleures conditions sanitaires possibles. En temps normal, dans un tel festival, il y a entre 150 et 200 personnes qui se croisent tous les jours. Là, chaque compagnie sera dans une bulle. On est un théâtre subventionné. 95 % de nos subventions viennent de la ville, qui maintient son engagement. Les dégâts matériels sont donc gérables. La difficulté vient des dégâts spirituels. Dans l’actuelle situation, le plus terrible, c’est de voir le lien se distendre entre artistes et spectateurs. Nous craignons que nombre de gens qui n’ont pas une pratique régulière du théâtre perdent le lien. Ce qui m’inquiète le plus, c’est que l’on se dise, tout à coup : « Finalement, ce n’est pas essentiel. » On n’accueille pas que des spectacles. On va aussi dans les quartiers, dans les écoles, à l’hôpital, dans les maisons d’arrêt. Par exemple, une comédienne organise des ateliers à la maison d’arrêt. Le principal support en est l’œuvre de Beckett. Résultats extraordinaires. Cela peut changer la vie de quelqu’un. Si l’on ne peut plus le faire, une distance sera difficile à combler.

À l’échelle du monde de la culture en général, comment se relever du désastre annoncé ?

François Noël Il y a une déconnexion entre la réalité de la culture aujourd’hui et les politiques qui nous gouvernent. Si la culture leur est facilement accessible, c’est moins évident pour toute une frange de la population. J’ai peur que l’on se coupe d’elle. Nos politiques n’ont pas conscience de ce que signifie développer des publics, aller en chercher de nouveaux. On va se bagarrer. On va peut-être y arriver, car la culture s’est toujours relevée de tout. Il faudra faire œuvre de pédagogie, réexpliquer, convaincre. Et surtout que nos politiques ne se disent pas : « On s’en est passé pendant six mois, on va pouvoir faire des économies… Si on réduit de 30 % les budgets, ça va aller. » On va être confronté à ce genre de remarques. J’échange avec beaucoup de collègues et il s’agit là d’une petite tendance bien présente. C’est pourquoi j’ai voulu qu’on continue à accueillir des artistes en résidence, qu’on construise des décors à l’atelier et qu’on invite des professionnels à voir les créations.

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