in

« S’il faut sauver le football français, c’est d’abord de lui-même » – Le Monde

La conciliation avecle diffuseur Mediapro, qui n’a pas versé les 334 millions d’euros dus aux échéances de septembre et décembre, a été prolongée de quelques jours.

Le football professionnel français ne sait plus à quel saint demander son salut. Alors que la conciliation avec son principal diffuseur Mediapro, qui n’a pas versé les 334 millions d’euros dus aux échéances de septembre et décembre, a été prolongée de quelques jours, sa situation est critique.

Si un accord avec Mediapro est encore possible, moyennant un rabais, la Ligue du football professionnel (LFP) espère aussi que Canal+ fasse une offre – forcément à la baisse, mais qui sauverait les meubles. L’ancien « diffuseur historique », évincé de l’appel d’offres de 2018, avait déjà récupéré auprès de BeIN Sports un lot de deux matches.

Pour parer au plus pressé, la LFP s’est aussi tournée vers les banques, dans l’espoir d’un nouvel emprunt après celui de 120 millions d’euros contracté en octobre mais, faute de garanties, l’objectif est compromis. Après avoir cru à Mediapro, elle pourrait croire au Père Noël, mais c’est à l’État qu’elle a envoyé sa liste.

« Essentiel » à quoi ?

Les clubs ont déjà bénéficié du chômage partiel, de prêts garantis par l’État, d’exonération de cotisations patronales et bientôt d’une partie du fonds de compensation pour la perte de recettes de billetterie (107 millions d’euros). Ils souhaitent de nouvelles exonérations, dont le retour du droit à l’image collectif et un élargissement du dispositif d’impatriation.

Le gouvernement semble opposé à ces revendications fiscales opportunistes, bien plus anciennes que l’épidémie. Il mesure la difficulté politique : comment justifier une aide au football professionnel dont la légitimité, de ce point de vue, est ténue en regard du football amateur, du sport en général et d’autres secteurs plus spontanément jugés « essentiels » ?

On aura beau claironner les grandes vertus populaires du foot pro, c’est d’abord sa trompeuse prospérité qu’il a donnée en spectacle. La Ligue paye précisément une course au profit qui lui a fait prendre des risques inconsidérés. Cela ne plaide pas sa cause auprès d’une opinion déjà acquise à l’idée qu’il y a trop d’argent dans le football.

Lorsque Jean-Pierre Caillot, président du Stade de Reims, confie à L’Équipe avoir l’impression « que l’on ne nous prend pas au sérieux » et que le football est « victime de sa réputation », il cerne bien le problème. Il peut à juste titre déplorer la condescendance dont le sport est l’objet, pas éluder les questionnements.

Au-delà du débat sur la légitimité de cette aide, s’il s’agit de sauver un secteur privé avec des fonds publics, le minimum est de mener un audit complet sur ce modèle qui a failli, et de définir quels engagements les clubs devraient prendre en contrepartie. Sauver le football français, mais pour quel projet ?

Crédit en berne

Car ce modèle est malade. Sur le plan économique, le diagnostic est connu : une dépendance excessive aux droits de diffusion et aux plus-values réalisées sur les transferts, une diversification insuffisante des ressources, un manque de fonds propres, des revenus essentiellement dépensés en salaires et recrutements…

On cherche en vain les progrès promis par la construction et la rénovation des stades de l’Euro 2016 – là aussi avec beaucoup d’argent public. À quoi s’ajoute une profonde crise sportive. Les clubs français ne font plus grand-chose, sur le terrain, des joueurs qu’ils forment : ils les vendent de plus en plus jeunes. Ils sous-performent en coupes d’Europe.

Le championnat, déséquilibré par la toute-puissance financière du PSG, est d’autant moins captivant que très peu de clubs misent sur un projet sportif ambitieux susceptible d’assurer au moins du spectacle. La qualité du produit a été coupablement négligée, et la Ligue 1 est loin du laboratoire du jeu qu’elle devrait être. S’il faut sauver le football français, c’est d’abord de lui-même.

Quel crédit peut-on accorder à des dirigeants qui se sont avérés aussi incapables de bien mener leur barque que de défendre leurs intérêts communs lors de la crise ? Proposent-ils de développer un modèle plus durable, moins obsédé par la quête de « compétitivité » et une course perdue d’avance avec les quatre grands championnats européens ? Peuvent-ils définir précisément leur contribution à la société ?

Or les réformes promues par les grands clubs sont loin du « New Deal » que l’on pourrait espérer : accentuation du modèle élitiste avec la réduction de la L1 à dix-huit clubs, répartition plus inégalitaire des ressources et, pour certains, adhésion aux projets de ligue fermée européenne… Voilà qui ne serait pas répondre à la solidarité par la solidarité.

What do you think?

2730 points
Upvote Downvote

Comments

Laisser un commentaire

Loading…

0

L’Isle-Jourdain. Du théâtre à Beauzelles – ladepeche.fr

Une mystérieuse épidémie fait des centaines de malades en Inde – Le Journal de Montréal