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Sécheresse : arroser les terrains de golf ou les plantes des villes, le choix qui agace les maires – Marianne

La France est à sec. Alors qu’une nouvelle vague de chaleur est en cours, 93 des 96 départements de l’Hexagone sont en alerte sécheresse et 58 d’entre eux sont même en situation de « crise » – le plus haut seuil –, selon les dernières données gouvernementales. En conséquence, les Français sont appelés à réduire leur consommation d’eau.

Ce sont les préfectures qui ordonnent des restrictions, à travers des arrêtés, en se basant sur les mesures « minimales » d’un guide national du ministère de la Transition écologique. En concertation avec les acteurs de gestion des eaux, elles peuvent cependant édicter localement des règles supplémentaires ou plus sévères. Mais certains élus ne cachent pas leur désarroi face aux choix opérés.

Préserver les espaces verts

Dans les départements les plus touchés, l’arrosage des espaces verts municipaux est ainsi très limité. À Valbonne, petite ville des Alpes-Maritimes sous le coup de restrictions depuis début juillet, les limitations entraînent un impact concret sur la végétation : « On a des feuilles mortes de partout, on a l’impression d’être à l’automne », regrettait la directrice des services techniques et de l’environnement de la commune, fin juillet, au micro de France 3 PACA. « Les plantes souffrent. On va avoir des pertes, c’est certain ! »

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À Valence (Drôme), l’arrosage des espaces verts est proscrit, mais le maire LR Nicolas Daragon a décidé de ne pas respecter la règle. « Ces arbres, ce sont ceux de tous les Valentinois. Certains d’entre eux n’ont pas de jardin et pas de climatisation. Quand ils veulent se mettre au frais, ils vont dans un parc ou dans un square », justifie l’édile au micro de franceinfo. Et d’ajouter : « En face de nous, il y a le département de l’Ardèche qui n’est pas en niveau crise sécheresse et qui puise de l’eau dans le même fleuve que nous, le Rhône. Donc il y a une petite part d’incompréhension dans la sévérité de cet arrêté. »

Pour Guillaume Martin, ingénieur énergie et climat, sollicité par Marianne, l’utilité de ces mesures est pourtant réelle et « cela va être difficile de mettre en place des restrictions d’usage collectives si les représentants de l’État ne jouent pas le jeu ». Selon lui, le traitement des espaces verts doit être entièrement repensé, à l’aune du contexte climatique : « Beaucoup de pelouses sont tondues trop régulièrement ou juste avant des vagues de chaleurs. On peut tout à fait maintenir des espaces de fraîcheur sans arroser tous les soirs en période de crise. Il faut anticiper, adapter le choix des espèces, ainsi que les techniques de plantation et de culture. »

« Écologie de classe » ?

Si l’existence de certaines dispositions agace, l’absence d’autres irrite tout autant… « Dans les arrêtés anti-sécheresse, il y a une dérogation pour permettre d’arroser les greens de golf ! Alors qu’on appelle à la sobriété, les pratiques des plus riches sont protégées », avait déploré le maire EELV de Grenoble, Éric Piolle, samedi 30 juillet sur BFM TV.

Une critique rapidement reprise par des élus de la Nupes, qui dénonce eux aussi un privilège à l’égard des plus aisés. « En période de sécheresse, il est interdit de remplir les piscines, mais les golfs doivent seulement réduire leur consommation de 20 % et arroser entre 19 heures et 9 heures. Un 18 trous a besoin de 5 000 m3/jour, soit la consommation de 12 000 habitants. Et si on les interdisait aussi ? », suggère sur Twitter le député des Bouches-du-Rhône Hendrik Davi. « Je crois qu’on trouvera pas mieux comme illustration de l’écologie de classe aujourd’hui », poursuit la députée de Seine-Maritime et militante écologiste Alma Dufour.

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Dans les faits, les restrictions pour les terrains de golfs varient selon les départements, même si en cas de sécheresse sévère, l’arrosage a minima des greens et espaces de départ est effectivement toléré. « Si un golf n’en a plus, il peut mettre la clef sous la porte, car l’essence même du jeu disparaît », explique un professionnel du secteur dans les colonnes du Télégramme. À noter qu’à la différence des terrains de football amateur, qui relève d’associations et donc de personnel bénévole, la filière du golf compte quelque 5 200 salariés, selon un rapport de 2021 piloté par la Commission paritaire nationale emploi et formation (CNPEF). L’argument économique semble donc l’emporter dans ce cas précis.

Mais pour Guillaume Martin, c’est surtout la dimension « symbolique » qui choque dans ce passe-droit. « Se dire qu’on va potentiellement payer plus cher nos aliments à cause des sécheresses et de leur impact sur le secteur agricole, et qu’en parallèle, on a préféré jouer au golf… C’est sûr que cela pose question », lâche l’ingénieur, jugeant que ces débats sont surtout « symptomatiques » d’une société qui n’a « pas pris conscience de l’ampleur du réchauffement climatique ».

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