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Que va devenir le football français ? / Droits TV / Mediapro / LFP / Téléfoot

On devait le savoir vendredi 4 décembre. Malheureusement, Marc Sénéchal, le conciliateur du tribunal de commerce de Nanterre, après 3 mois de réunions, discussions et négociations, n’a pas réussi à mettre d’accord Mediapro et la LFP. Les deux parties restent campées sur leur position, et ne veulent/vont rien céder.

Beaucoup de problèmes, peu de solutions

D’un côté, le groupe sino-espagnol, qui a bloqué le deuxième versement de 172 millions d’euros et n’a pas procédé au troisième, du 5 décembre, de 152 millions d’euros, veut une renégociation à la baisse, d’au moins 25% – soit 200 millions d’euros de ristourne. La crise de la Covid-19 est mise en avant, marquant à la fois le spectacle proposé en Ligue 1, avec des stades vides et des rencontres reportées, la fermeture des bars, empêchant la mise en vente d’abonnements spécifiques plus onéreux, ainsi qu’une situation sociale difficile, avec des audiences Téléfoot en berne.

Pourtant, selon beaucoup d’observateurs, cet argument ne tient pas. Les autres chaînes payantes, comme RMC Sport ou beIN Sport, n’ont pas connu de baisse d’audience, et la consommation de programmes télévisés a explosé durant la crise sanitaire. Mediapro devrait au contraire en profiter ! C’est ce qu’affirme la Ligue, qui refuse toute ristourne, et dénonce ainsi le modèle économique plus que bancal de Téléfoot et la faible couverture médiatique de la chaîne. La LFP refuse donc de négocier à la baisse. Elle ne demande qu’une seule chose : que le contrat soit honoré. En cas de refus, elle pourra le briser et récupérer la pleine gestion des droits. Pour les revendre ensuite à Canal+, partenaire historique et intéressé, selon la presse spécialisée ? Même là, aucune certitude et aucune garantie.

Par la voix de son président, Maxime Saada, dans une interview donnée au quotidien Les Échos, la chaîne cryptée n’a ni budgété un probable rachat des droits ni ressenti le besoin de se positionner puisque « nous n’avons pas enregistré une baisse du parc des abonnés depuis l’arrivée de Téléfoot » . De toute façon, le droit empêcherait de procéder de la sorte. Selon le code du sport, et l’article 333-2 relatif à l’exploitation des manifestations sportives, les droits de diffusion doivent être mis en vente selon « le respect de la concurrence […] et dans des conditions précisées par décret par le Conseil d’État » . Autrement dit, il faut un appel d’offres, qui serait organisé en 6 mois minimum. Ainsi, il serait impossible de redonner, pour 600 à 700 millions d’euros, dès janvier, comme expliqué par le journal L’Équipe, la gestion intégrale des droits à Canal+ auquel cas il y aurait atteinte au respect des règles de la concurrence. Les autorités de régulation viendraient forcément rompre ce deal. Et sur ce laps de temps, des clubs seraient en faillite et des dépôts de bilan seraient quasiment assurés… Pas terrible, n’est-ce pas.

Alors que faire ? Rester avec Mediapro jusqu’en 2024 ? La confiance est rompue, et personne, quand on interroge en coulisses les dirigeants ou les présidents, ne pense continuer. Renégocier à la baisse juste sur cette corona-saison ? Rien ne dit que la crise s’arrête dès janvier, et de la même manière, Canal+ pourrait parfaitement porter réclamation, après avoir perdu les appels d’offres en 2018, avec des prix proposés similaires à ceux demandés aujourd’hui par Mediapro. Rompre le contrat et le revendre immédiatement à Canal+ ? Le code du sport l’interdit. Une sacrée « impasse mexicaine » . On a beau chercher, dans tous les cas, il y aura des problèmes.

Une révolution inévitable ?

Ou alors, il reste une piste à exploiter : tout changer et imposer une véritable révolution dans le football français. C’est ce que prophétisait déjà Arnaud Simon, spécialiste de droits TV et ancien dirigeant de la chaîne d’Eurosport : « La Ligue, en créant sa société commerciale, pourrait devenir pleinement gestionnaire et exploitante de ses droits sportifs. » Plutôt que de passer par une externalisation de sa production, la LFP en deviendrait « mandataire » . Elle n’aurait plus le statut « d’association créée avec l’accord de la Fédération française de football, régie par les textes législatifs et réglementaires relatifs à l’organisation et à la promotion des activités sportives » , mais muterait en société commerciale indépendante à but lucratif chargée de la production des matchs de football.

Elle pourrait alors, comme le droit l’y autorise, revendre en sous-licence les droits qu’elle possède, sans passer par un nouvel appel d’offres. Et donc ici, les revendre instantanément, une fois la procédure avec Mediapro réglée, à Canal+ ou à n’importe quel autre acteur. Voire carrément produire et diffuser elle-même les matchs de Ligue 1 et de Ligue 2 via la création d’une chaîne en OTT. Mais dans une telle situation d’urgence, mieux vaut attendre avant de voir débarquer une chaîne LFP indépendante.

Dans une interview donnée aux Échos, le président de l’OL, Jean-Michel Aulas, reconnaissait l’intérêt de l’option « société commerciale » : « Cela permettrait d’être plus efficace, de mieux négocier avec ceux qui cherchent à valoriser les droits du foot. Cela permet d’imaginer de nouvelles formes de commercialisation, comme des matchs à l’unité, ou suivre une équipe, ou passer par des formats digitaux et pas seulement la télévision. » Rajoutons que dans cette interview, Aulas appelle également à une Ligue 1 à 16 ou 18 clubs, en plus d’une Ligue 2 et d’une Ligue 3 professionnelles, l’organisation de play-offs et d’une redistribution des droits TV basée sur la popularité et la notoriété des clubs. Quels que soient les choix et les décisions prises, le football français va forcément changer dans les prochains mois. C’est bien la seule certitude dans toute cette histoire…

Par Pierre Rondeau

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