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Paul-Henri Mathieu : “Nick Bollettieri était une force de la nature habitée par le tennis”

Qu’est-ce qui vous avait attiré chez Nick Bollettieri et son académie ?

Paul-Henri Mathieu : Il avait formé Andre Agassi, il entraînait Boris Becker à l’époque. Beaucoup de joueuses et de joueurs étaient passés par là. Les Etats-Unis m’attiraient et la perspective d’aller dans une académie si réputée. Il y avait différents groupes là-bas, et j’étais dans le groupe “Elite”, nous étions entre 7 et 10 joueurs et on s’entraînait très tôt le matin, entre 6 et 9h. Ensuite, on allait à l’école et on s’entraînait l’après-midi. Et lui était vraiment présent tous les matins, il était en permanence sur le court.

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Bollettierri n’avait pas de formation tennis, quel était son apport au quotidien ?

P.-H. M. : Tout passait par son discours. C’était quelqu’un d’ultra-positif. Pour lui, la fameuse confiance du joueur de tennis, ça ne voulait rien dire. Il arrivait à chaque fois à nous sortir des moments difficiles par lesquels on pouvait passer par ce discours volontariste. Il poussait les joueurs toujours plus loin et leur faisait prendre conscience qu’il n’y avait pas de limites. Pour lui, tout était possible pour tout le monde.

C’était un père de substitution : il était même question qu’il m’héberge à un moment

Quelles étaient les clés de sa réussite ? Les infrastructures ?

P.-H. M. : Oui, désormais il y a plusieurs académies de ce genre. Celle de Nick a bien changé, elle est énorme maintenant. Mais à l’époque, il n’y en avait pas beaucoup. C’était aussi une académie à l’américaine avec ces discours toujours positifs. C’était un état d’esprit parce que tous ceux qui y allaient rêvaient de devenir pros et les tout meilleurs. S’entraîner les uns à côté des autres, ça tire tout le monde vers le haut, et encore plus quand on a la possibilité de taper la balle avec des joueurs du circuit. Je m’entraînais avec Tommy Haas, Marcelo Rios, Petr Korda, avec les sœurs Williams, avec Daniela Hantuchova aussi. Les regarder faire, travailler, ça faisait aussi que la mayonnaise prenait.

Plusieurs joueurs comme Andre Agassi ont parlé de Bollettieri comme d’un père de substitution, quels étaient vos rapports ?

P.-H. M. : Oui, il avait ça en lui. Il prenait soin de ses étudiants. A un moment donné, je ne sais plus pourquoi, il était même question qu’il m’héberge au lieu de rester sur le campus. Je sais que ça a été le cas aussi pour Tommy Haas quand il est arrivé à l’académie : il a dormi chez lui au départ. C’était souvent un père de substitution parce que les gamins partaient tôt de chez eux pour s’engager dans cette aventure. Il était habité par ce sport, il parlait tennis du matin au soir et il transmettait sa passion. Je m’entraînais tous les matins avec lui comme beaucoup de joueurs, il essayait de considérer tout le monde de la même manière.

Andre Agassi et Nick Bollettieri en 1990

Crédit: Getty Images

Soit vous suiviez, soit vous partiez

Ses détracteurs parlaient toutefois de ses méthodes militaires et de son rapport à l’argent. Qu’en pensez-vous ?

P.-H. M. : Les méthodes militaires, c’était sa manière d’entraîner. C’est aussi pour ça qu’il a attiré autant de monde. C’était effectivement un peu ça : soit vous suiviez, soit vous partiez. Pour le reste, honnêtement, je n’en ai aucune idée. Mais il y a une différence pour ce qui est de l’argent entre les jeunes en formation dans son académie et les joueurs ou joueuses sur le circuit qui s’entraînaient avec lui personnellement, c’est sûr.

Si vous deviez garder un souvenir de lui, lequel choisiriez-vous ?

P.-H. M. : Son positivisme à toute épreuve, ça devait bien aller tous les jours. Le matin, quand on commençait l’entraînement à 6h, lui était déjà levé depuis une heure et avait fait sa gym. Il faisait sa musculation dans la piscine avec ses poids alors que nous, on essayait péniblement de se réveiller sur le court. Lui était déjà au taquet. Et ça tous les jours. C’était une force de la nature. Le court de tennis, c’était sa maison.

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