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Patrick Artus : « L’économie française souffre de quatre graves fragilités »

La situation conjoncturelle de la France est inquiétante, avec la forte hausse du prix de l’énergie. Mais après un examen plus attentif, l’économie française révèle d’inquiétantes fragilités, qui démontrent l’ampleur de la dégradation structurelle en cours.

Une analyse superficielle pourrait conduire à une vision optimiste et faire croire à la solidité de notre économie. Les grands indicateurs macroéconomiques ne révèlent pas, en effet, de faiblesse majeure. Le produit intérieur brut (PIB) a crû de 2,5 % au début de 2022 en France, exactement comme en Allemagne. Le taux de chômage est aujourd’hui à son niveau le plus bas depuis vingt ans (7,2 %), à l’exception du tout début de 2008 (7,1 %), alors qu’il était encore de 10,5 % en 2016.

Malgré la succession des crises, l’emploi a progressé dans la période récente : il est, au 1er trimestre 2022, 2,9 % au-dessus de son niveau du début de 2019, et la population active est 1,3 % au-dessus de son niveau du début de 2019, avec donc une forte croissance de l’emploi et de la participation (proportion de la population en âge de travailler qui se présente sur le marché du travail) depuis la sortie de la crise due au Covid-19.

La balance courante (le solde des échanges de biens, de services et de revenus avec le reste du monde) est en moyenne équilibrée depuis le deuxième semestre 2020, après avoir été en déficit de 2005 à 2020. L’écart de taux d’intérêt avec l’Allemagne, même s’il augmente depuis les élections du printemps, reste faible, autour de 60 points de base. Enfin, le nombre de faillites d’entreprises est très faible, autour de 32 000 en rythme annuel au printemps 2022, contre 45 000 à 65 000 sur la période 2002-2019, malgré la forte progression du crédit (prêts garantis par l’Etat) durant la crise résultant du Covid-19.

Si on s’arrêtait là, on conclurait que la France n’a pas de déficit de croissance, a créé beaucoup d’emplois, a rééquilibré son commerce extérieur, n’a pas de problème avec sa dette publique et a des entreprises très solides. Mais, malheureusement, ce n’est pas le cas, car l’économie française souffre de quatre graves fragilités.

Dégradation de la qualité des emplois

La première est celle de l’industrie. La période récente a mis en évidence son incapacité à répondre à la demande. Il y a vingt ans, la balance commerciale de la France pour les produits industriels était excédentaire de 25 milliards d’euros par an ; avant la crise Covid, elle était déficitaire de 35 milliards d’euros par an ; au début de 2022, le déficit commercial annualisé pour les produits industriels dépasse 100 milliards d’euros. La poussée de la demande (informatique, équipements de la maison…) qui survient après la crise Covid est satisfaite à plus de 60 % par des importations. La production industrielle baisse à chaque crise : elle est aujourd’hui 10 % plus basse qu’en 2002. Le fait que la balance courante d’ensemble soit équilibrée résulte de l’excédent commercial des services, en particulier du tourisme, et au rapatriement des profits des multinationales françaises.

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