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Musique : le retour de Birkin et la genèse du blues

Chaque vendredi à l’heure du déjeuner, Lucile Commeaux et ses critiques invités débattent des oeuvres qui font l’actualité culturelle du moment, dans l’amour de l’art et de la dispute.

Au sommaire de La Critique cette semaine, le nouvel album de Jane Birkin Oh! pardon tu dormais… (disponible le 11 décembre chez Barclay), recueil de treize chansons inédites écrites par l’irréductible interprète, et Deep Blues du critique Robert Palmer (Rolling Stone, New York Times). Publié en 1981 et envisagé par beaucoup comme le livre définitif sur le genre musical, l’ouvrage parait aujourd’hui aux éditions Allia dans une traduction d’Olivier Borre et Dario Rudy.

Nos critiques du jour : Olivier Lamm (journaliste et critique à Libération) et Christophe Conte (critique musical, auteur et documentariste).

“Oh! pardon tu dormais…” de Jane Birkin (Barclay)

Si le nouvel album de Jane Birkin est l’adaptation musicale du film et de la pièce éponymes créés par l’artiste et qui racontaient la nuit d’insomnie d’un couple qui se déchire, il s’agrémente également de textes récents.

Treize chansons écrites par Jane Birkin composent ce nouvel opus mis en musique et réalisé par Jean-Louis Piérot et Etienne Daho, dont la voix s’invite parfois au fil du disque.

Extraits : 

Depuis 50 ans, Jane Birkin s’expose dans son intimité, ou est exposée dans une intimité. On est toujours dans une profonde ambiguïté avec elle. […] Je ne sais pas trop où me mettre par rapport à ce disque, très personnel, dans lequel il faut s’immiscer, et ça, c’est quelque chose que Birkin nous impose depuis longtemps. Olivier Lamm

Enfin Jane Birkin, en tant qu’auteure – ce à quoi cet album rend justice d’ailleurs, s’émancipe de l’ombre de Gainsbourg. […] C’est un disque à la fois très personnel et très ouvert aussi, musicalement par exemple, avec un vrai goût pour l’orchestration, qui se situe pour moi très haut dans la discographie de Jane Birkin. Christophe Conte

“Deep Blues” de Robert Palmer (éditions Allia)

Mais le blues c’est rien d’autre qu’une fichue maladie du coeur

“Deep Blues” de Robert Palmer Crédits : Editions Allia

Présentation de l’éditeur : Deep Blues est le livre définitif sur la musique la plus influente du siècle passé. Le récit de sa genèse se double néces­sairement de celui de l’exode. Car raconter l’histoire du Blues revient à raconter celle des esclaves noirs : enlevés d’Afrique, broyés par la ségrégation raciale et exploités dans les plantations, les ini­tiateurs du blues trouvèrent dans la musique leur salut. Certains s’en servirent pour exorciser leurs démons ; d’autres, comme Robert Johnson, n’hésitèrent pas à vendre leur âme au diable.

Si le blues est un genre musical, c’est aussi un état d’esprit, une mystique. C’est la recherche d’une voix singulière pour faire oublier le quotidien sordide et les malheurs sentimentaux.

Deep Blues dévoile une mosaïque de portraits saisissants : Muddy Waters, Robert Johnson… Mais le blues ne saurait se résumer à quelques grands noms. Comme toute musique populaire, il résulte d’une réappropriation continue de son répertoire par de nouveaux musiciens. Le blues, davantage que le reflet d’une vie d’esclave, en constitue plutôt le dépassement : une musique libre qui se passera toujours de propriétaire.

Extraits : 

C’est un classique, un récit historique du blues dense et très précis, avec force détails qui, s’ils ne rendent pas le livre très accessible, construisent un récit très vivant. On a l’impression d’être à côté de ces musiciens qui ont changé la face du monde, et le livre comporte aussi une dimension purement musicologique qui s’attache à expliquer ce qu’est le blues de manière vraiment scientifique. Christophe Conte

C’est une histoire de lieux et de transmissions orales. Robert Palmer raconte que chaque musicien avait sa part d’invention mais aussi sa part d’héritage. […] Le livre est un peu bordélique mais est tellement lié à un vécu géographique qu’il en ressort quelque chose de très dense et de très vivace. […] Il y a également, assez poignante, une grande densité sociale et politique. Olivier Lamm 

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