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Moyen-orient. Les vraies raisons de l’attentat contre un scientifique iranien

Chef du département recherche et innovation du ministère iranien de la Défense, Mohsen Fakhrizadeh a été tué vendredi, dans les environs de Téhéran. Il a été pris pour cible par plusieurs assaillants qui ont précipité sur sa voiture leur véhicule chargé d’explosifs. Si l’attentat n’a pas été revendiqué, tous les regards se portent sur Israël, qui n’a jamais caché sa volonté d’éliminer tous les scientifiques iraniens participant au programme de la République islamique.

C’est en tout cas l’avis des autorités iraniennes. « La nation iranienne est trop intelligente pour tomber dans le piège de la conspiration mise en place par les Sionistes. Ils veulent créer le chaos, mais ils devraient savoir que nous les avons démasqués et qu’ils ne réussiront pas », a rapidement déclaré le président Hassan Rohani. De son côté, le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, a plaidé pour qu’une  « suite soit donnée à ce crime et, à coup sûr, pour punir les auteurs et les responsables, et (…) pour continuer les efforts scientifiques et techniques de ce martyr dans tous les domaines où il travaillait ».

Quels que soient les auteurs de cette attaque, ils ont cherché de toute évidence, plus qu’à stopper le programme nucléaire, à créer un climat de tension et tenté ainsi de forcer Téhéran à s’engager dans un cycle de représailles. John Brennan, à la tête de la centrale de renseignement américaine, la CIA, de 2013 à 2017, sous la présidence de Barack Obama, estime d’ailleurs qu’ « un tel acte de terrorisme étatique constituerait une violation flagrante du droit international et encouragerait davantage de gouvernements à mener des attaques meurtrières contre des responsables étrangers ». Ce qui, selon lui, risque d’entraîner des « représailles létales et une nouvelle phase de conflit régional ». Rien de moins.

L’après-Trump en préparation

Qu’un tel assassinat intervienne moins de deux mois avant l’investiture du démocrate Joe Biden à la présidence des États-Unis ne doit sans doute rien au hasard. Le nouveau président élu entend changer de posture vis-à-vis de l’Iran après les quatre années de présidence Trump, qui s’est retiré en 2018 de l’accord sur le programme nucléaire iranien signé trois ans plus tôt. Les États-Unis, dans le cadre de leur politique de « pression maximale », avaient ensuite rétabli puis durci les sanctions contre Téhéran. Il y a quelques semaines, la presse américaine révélait que Donald Trump avait réuni ses principaux conseillers en sécurité pour envisager une frappe sur une installation nucléaire iranienne. Il en avait été dissuadé mais, d’ici le mois de janvier, tout est encore possible. D’autant que les Israéliens ont récemment fait fuiter des images vidéo tournées par ses agents à Téhéran même. Un message on ne peut plus clair. Le (toujours) chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, vient d’effectuer une visite en Israël. Il a encore imposé, vendredi, de nouvelles sanctions économiques contre quatre sociétés chinoises et russes accusées d’avoir soutenu le développement du programme nucléaire iranien.

« Une action scandaleuse »

Benyamin Netanyahou est soumis à de fortes secousses politiques dans son pays. Des milliers de manifestants se rassemblent chaque semaine devant son domicile pour exiger sa démission, alors que d’ici quelques mois, il devrait céder sa place de premier ministre à Benny Gantz, comme le prévoit l’accord passé entre le Likoud et la formation Bleu-Blanc. Gantz, actuellement ministre de la Défense, tente d’impliquer Netanyahou dans des malversations liées à un marché d’armements. Pour l’actuel premier ministre, la seule porte de sortie est la convocation de nouvelles élections et remettre sur le devant de la scène la « menace » iranienne. À cet égard, l’assassinat du scientifique iranien rentrerait parfaitement dans ce plan.

De plus, Netanyahou sait que, avec le départ de Trump, sa marge de manœuvre sera plus étroite. Non pas que Biden va soudainement abandonner Israël. Mais sa politique certainement plus souple ne s’accommodera pas d’un Israël menaçant la stabilité régionale. « C’est une action scandaleuse, destinée à saper les relations diplomatiques entre un nouveau gouvernement américain et l’Iran, a estimé pour sa part Ben Rhodes, ancien conseiller diplomatique de Barack Obama.  Il est temps que cette escalade cesse. »

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