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Ma vie de bureau en Inde (2) : le savoir-être professionnel

De la première rencontre au suivi d’un projet, il s’agit de créer la confiance avec vos collègues, vos clients ou vos partenaires d’affaires indiens. Je partage avec vous mon expérience. Que les lecteurs de Courrier Expat ayant travaillé se sentent libres de l’enrichir avec la leur !

Des cartes de visite, en veux-tu en voilà

Vous partez en déplacement professionnel sur le sous-continent ? N’oubliez pas vos cartes de visite, sous peine de passer pour quelqu’un qui manque de professionnalisme. Et prévoyez large !

Malheur, vous les avez oubliées ? Je vous conseille la petite phrase : “I’m sorry, I ran out of visiting cards” (je suis désolé.e, je suis à court de cartes de visite), l’équivalent indien du très parisien “je suis complètement débordé.e”. L’essentiel étant d’attester que vous êtes quelqu’un d’important, tellement important que tout le monde s’est jeté sur vos cartes.

Par ailleurs, si vous avez des qualifications particulières, comme un doctorat, n’hésitez pas à le mentionner. Comme je l’évoquais dans mon billet précédent, les Indiens sont particulièrement friands de titres honorifiques, et les études supérieures sont profondément respectées.

Les Indiens distribuent leur carte de visite parfois même avant de vous serrer la main. Pendant qu’il est question de main, veillez à toujours donner et recevoir les cartes de la main droite, la gauche étant réservée aux tâches impures.

Saluer par une molle poignée de main

La poignée de main constitue la manière la plus communément admise de se saluer au travail en Inde, même si dans des contextes formels un Namasté (mains jointes devant la poitrine) sera bien perçu.

Cependant, aucun risque de vous faire broyer les phalanges, la poignée de main des Indiens est en général molle, voire fuyante. Je l’avais toujours remarqué sans en connaître l’explication. En fait, c’est une amie qui me l’a appris, ce manque de fermeté marque, non pas la faiblesse ou l’absence de franchise, mais le respect.

Devenir maître du “small talk”

Au travail, vous aimez être direct et aller droit au but pour ne pas perdre de temps en bavardages ? Eh bien, en Inde, c’est l’inverse. Tous les rendez-vous commencent par une petite session de “small talk”, que l’on pourrait traduire par “parler de la pluie et du beau temps”. Et ne pas s’y plier pourrait être considéré comme un manque de considération envers ses interlocuteurs.

Côté sujets, vous avez le choix entre l’actualité de votre secteur d’activité, le cricket si vous y comprenez quelque chose (pas moi), vos premières impressions (positives, bien sûr) sur la ville… Si vous connaissez déjà vos interlocuteurs, vous pouvez même demander des nouvelles de leur famille. En revanche, évitez la politique.

Mais le plus efficace, notamment s’il s’agit d’une première rencontre, est d’échanger sur des connaissances en commun. Si quelqu’un vous a introduit, n’hésitez pas à par exemple passer ses salutations à vos contacts. Les Indiens aiment plus que tout se trouver des relations partagées : c’est un des ingrédients clés de la construction d’une relation de confiance.

Cette première phase permet de créer une atmosphère conviviale, mais aussi de se situer les uns et les autres sur l’échelle hiérarchique et sociale.

Grossir au bureau (ou pas)

L’Inde ne détient certainement pas le monopole des friandises que l’on partage entre collègues. Mais disons que, niveau calories, les sweets, les sucreries indiennes n’ont rien à envier à nos viennoiseries. Les Indiens en apportent au bureau pour fêter les naissances, les mariages ou encore leur propre anniversaire. Et il serait très malvenu de ne pas en accepter.

Ma technique si vous souhaitez passer votre tour : servez-vous, remerciez et dites que vous le mangerez plus tard. Ensuite, à vous de voir : don à un autre collègue, conservation pour le goûter ou direction la poubelle des toilettes, les possibilités sont multiples.

Concernant le chai, le thé au lait épicé et très sucré, il est systématiquement proposé en réunion ou en rendez-vous. Vous pouvez cependant facilement y échapper si vous n’êtes pas amateur en demandant un café ou un verre d’eau. L’essentiel reste de faire honneur à l’hospitalité des organisateurs en acceptant quelque chose.

Préférer le téléphone aux e-mails

À l’opposé des collègues de bureau français qui vous envoient des e-mails alors que vous êtes assis deux mètres plus loin dans un open space, les Indiens continuent de montrer une passion dévorante pour le téléphone. Une question, une réponse, un doute, un complément d’information à demander ou à apporter ? Ils saisissent leur appareil et vous appellent.

Certes, rien n’égale une conversation de vive voix quand il faut dénouer des situations complexes, mais lorsqu’il suffit d’envoyer un lien pour apporter une précision, cela m’a souvent agacée… Le summum (qui m’est arrivé tant de fois) reste sans doute de recevoir un appel d’un contact disant : “Je viens de vous envoyer un e-mail à tel sujet.” Sans m’avoir, bien sûr, laissé le temps de prendre connaissance du message. What to do ? À part ne pas décrocher, je ne vois pas.

Ne pas dire non frontalement…

Une amie française ayant travaillé plusieurs années en Inde me disait avoir appris à décoder les expressions de refus en Inde. Car les Indiens, comme d’autres peuples asiatiques, n’aiment pas dire non. Si l’interlocuteur répond : “Let me ask my team” (laissez-moi demander à mon équipe), “l’ll get back to you on this” (je reviendrai vers vous à ce sujet) “Possibly” (éventuellement) ou “We will try” (nous essaierons), il est probable qu’il n’a pas osé vous opposer une réponse négative.

De mon côté, parfois – je dis bien parfois – je parviens à lire le “non” dans le regard de mes interlocuteurs indiens. Je tiens ce superpouvoir de fréquentes interactions avec des chauffeurs de taxis ou de rickshaws, lorsque je leur demande s’ils connaissent l’adresse ou je me rends. Au fil du temps, j’ai appris à reconnaître ce moment d’incertitude dans leurs yeux lorsqu’ils ne savent absolument pas où se diriger, mais qu’ils répondent tout de même par l’affirmative.

… et dire oui provisoirement

De manière générale, l’assentiment des Indiens ne les engage pas autant qu’un “oui” européen. Il manifeste simplement leur envie à l’instant “t” de se lancer, quels que soient les obstacles ultérieurs. Alors que nous aurions tendance, en France, à nous assurer que les obstacles soient levés avant de répondre positivement à une requête, les Indiens ne verront aucun problème à se rétracter plus tard, puisque la vie est un éternel changement.

Ces revirements de situation peuvent s’avérer redoutables pour tenir un calendrier… Mais ce sera l’objet du prochain épisode, où je me pencherai sur la conception indienne du temps au travail.

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