in

L’Europe dans le nouvel « après-guerre »

Au cours des dernières semaines, l’Europe a vécu un moment de transformation de son environnement extérieur et d’elle-même. L’invasion de l’Ukraine par la Russie est sans aucun doute une étape importante dans l’histoire moderne de l’Occident — un tournant fort — peut-être plus fort que la crise financière de 2009 ou la crise migratoire de 2016. C’est un événement, similaire, dans sa gravité, aux attentats du 11 septembre 2001 contre les États-Unis.

Anna Diamantopoulou est présidente de DIKTIO et ancienne commissaire européenne et ministre grecque.

La guerre est un incident qui oblige l’Europe à modifier profondément sa façon de percevoir le monde et sa place dans celui-ci. L’environnement international est en train de changer.
Un conflit prolongé en Ukraine déclenchera une méfiance généralisée et difficile à gérer qui risque d’entraver le développement international et le libre-échange, sapant ainsi les efforts déployés pour stimuler le multilatéralisme, l’interdépendance économique et un système fondé sur les alliances que la présidence Trump a tenté de mettre à mal.

Nous devrions tous prendre garde au fait que les ponts pourraient céder la place aux murs.

Nous ne devrions pas oublier que tout ce que nous avons réalisé après la Seconde Guerre mondiale l’a été grâce à une vision de construction de ponts : l’UE, à laquelle nous devons la période de paix prolongée mais aussi un ordre fondé sur la souveraineté des États, des règles internationales communes, des principes et les valeurs de la Démocratie et du Droit international.

L’invasion de l’Ukraine par la Russie marque le début d’une nouvelle ère, sans possibilité de revenir à la réalité que nous connaissions avant le 24 février.

La détermination de l’Europe à agir définira l’environnement mondial de demain.

Nous devons agir aujourd’hui afin de façonner demain.

L’Union européenne doit décider si elle doit devenir un pôle fort, définissant l’équilibre multipolaire de la politique planétaire, ou si elle doit être réduite à une Union lâche de petits États, à l’influence limitée, qui feront inévitablement partie des sphères d’influence des nouvelles «  grandes puissances  ».

Ces dilemmes, ainsi que les défis économiques et géopolitiques qui les soutiennent, sont principalement liés au modèle de gouvernance de l’Union ainsi qu’au cours du projet européen, à savoir si l’Europe ira de l’avant avec son intégration politique, pour finalement aboutir aux États-Unis d’Europe.

Les «  États-Unis d’Europe  » étaient une vision soutenue par de grands intellectuels et de grands hommes d’État du siècle dernier. Pour certains, cependant, elle semblait jusqu’à récemment être un conte de fées, plein de magiciens et de dragons, comme un processus qui détruirait les différentes cultures, langues, nations et récits nationaux de l’Europe.

Pourtant, l’histoire a confirmé qu’Héraclite avait raison de dire que «  la guerre la mère de toute chose  ».

La nouvelle grande guerre qui sévit dans notre voisinage entraîne le besoin urgent de changements conséquents dans l’édifice européen.

On pourrait dire que l’Europe a connu un changement de mentalité, commençant à intégrer la sécurité et le pouvoir brut dans son agenda.

Les dépenses de défense ont commencé à augmenter et continueront à augmenter régulièrement dans toute l’Europe.

L’OTAN sera renforcée, acquérant un nouveau rôle et une légitimité renouvelée. La demande d’adhésion de la Suède et de la Finlande est un moment critique, qui montre que les sentiments d’insécurité peuvent déboucher sur une unité renforcée.

En effet, l’adhésion de la Finlande et de la Suède modifiera considérablement l’architecture de sécurité européenne. L’OTAN va s’étendre. L’Europe du Nord aura la capacité de coordonner des forces de défense importantes dans toute la région. La mer Baltique sera davantage fortifiée. La capacité de l’OTAN sera renforcée. Un nouveau pôle, plaidant en faveur de l’adoption d’une politique de défense et de sécurité commune, sera créé au sein de l’UE.

La dissuasion est devenue un concept qui connaît un nouvel essor. L’objectif commun de l’autonomie stratégique européenne connaît un nouvel élan.

La menace commune, l’objectif commun de protéger nos peuples, nos cultures, la démocratie et la prospérité, sert d’accélérateur parfait à des développements que personne n’aurait pu imaginer en janvier dernier.

Il est impératif de faire avancer une nouvelle Constitution européenne. Il est grand temps que nous établissions une union politique d’États.

Cela signifie que l’unanimité et le droit de veto doivent être abolis et que la Commission doit être organisée comme un «  organe exécutif fédéral  » responsable devant un Parlement européen fort et le Conseil européen.

Ce n’est pas un hasard si Mario Draghi a parlé d’un nouveau fédéralisme européen et de la nécessité d’apporter immédiatement des changements fondamentaux à l’édifice européen.

Des défis tels que les multiples dépendances de l’Europe à l’égard de pays tiers, les nouveaux flux d’immigration, la crise alimentaire émergente en Afrique, les tensions aux frontières est (avec la Russie) et sud-est (avec la Turquie) de l’Union ainsi que la pression fiscale et la récession économique font de l’intégration politique la voie indispensable. Une politique étrangère et de défense commune, une politique énergétique et fiscale commune est la seule réponse à ces défis.

Ce n’est pas un processus facile. Il y a un an, les obstacles pouvaient sembler insurmontables, mais aujourd’hui, de plus en plus de personnes s’accordent à dire que l’Europe doit avancer avec les États qui le veulent et le peuvent, avec les pays disposés à faire preuve de solidarité et à aider concrètement ceux qui ne peuvent pas. Pour que les choses fonctionnent, l’Europe doit également dire adieu à ceux qui ne veulent pas s’intégrer et n’hésitent pas à le cacher.

La proposition du président Macron ouvre la voie. Le haut niveau d’interdépendance et les préoccupations géopolitiques et sécuritaires communes aux États de l’espace européen font de sa vision d’une communauté politique européenne une option efficace.

Deux cercles concentriques. Une coordination politique étroite , une coopération en matière de sécurité et d’énergie  ainsi que des partenariats économiques et commerciaux.

Le président Macron, le premier ministre Draghi et le chancelier Soltz forment une alliance trilatérale positive, tandis que de nombreux autres dirigeants européens ont déjà montré des signes de leur volonté d’aller de l’avant. Quoi qu’il en soit, nous devrions tous discuter en profondeur et agir de manière proactive pour rendre l’Europe fonctionnelle et à l’épreuve du futur.

What do you think?

2730 points
Upvote Downvote

Comments

Laisser un commentaire

Loading…

0

Smartphone 5G : lequel choisir ? – Futura

Festival Ciné-Palestine 2022 : Focus sur le féminisme dans les pays arabes