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Le grand théâtre de Philippe Bouvard – Le Point

À 91 ans, on a cessé de faire le joli cœur et de vouloir grimper quelques barreaux supplémentaires de l’échelle sociale. On peut tout dire sans risque de plaire ou de déplaire. On peut tracer les portraits de ses aînés sans la crainte d’être contredit et de ses contemporains avec l’autorité et le respect que suggère l’âge. Quand on fut pendant près de soixante-dix ans un journaliste lu (à Paris-Match, au Figaro), écouté (sur RTL) et vu à la télé (Antenne 2, la 5 ou TF1) vos modèles sont un échantillon de ce qui s’est fait de mieux des années 1950 à aujourd’hui. Georges Simenon, Fernand Reynaud, le général de Gaulle, François André le fondateur du groupe Lucien Barrière, Léon Zitrone, Antoine Pinay, Jacques Chancel, Mireille Mathieu, Brigitte Bardot ou Ménie Grégoire y gagnent ces petites aspérités, et ces instants d’abandons que journalistes ou biographes peinent à saisir mais qui rendent les portraiturés plus attachants.

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À l’inverse, Robert Sabatier, François Hollande, Olivier de Kersauson, Robert Lamoureux ou Laurent Ruquier passent un sale quart d’heure, car en plus d’avoir la dent dure, l’auteur a la mémoire longue. Philippe Bouvard ne se ménage pas. Il profite de sa galerie de portraits pour se dépeindre, en débutant maladroit, en gaffeur, en journaliste qui passe à côté de l’essentiel ou en témoin d’une histoire qui se joue sous yeux mais sans qu’il y prenne la moindre part. À chaque fois, Bouvard sait rester à sa place. Il a raison car il occupe la meilleure : celle où l’on voit et entend, celle où l’on côtoie ce que le siècle à produit de mieux en littérature, en politique, en personnalités attachante et pleine d’esprit.

Un exercice d’admiration raisonné et lucide

« Je connais des gens de toutes sortes », écrit Guillaume Apollinaire dans « Marizibill » un poème de son recueil Alcool. Mais suivaient ces mots plus cruels : « Ils n’égalent pas leurs destins ». Léo Ferré mit en musique ces vers en y ajoutant des considérations plus contemporaines. Plus récemment, Philippe Labro emprunta la première partie de la phrase pour l’un de ses livres de souvenirs et de portraits. Dans Des grumeaux dans la passoire (éditions Plon), qu’il présente – promis, juré ! – comme son ultime ouvrage, Philippe Bouvard ne règle aucun compte. Il se livre à un exercice d’admiration raisonné et lucide. Dans un style libre et alerte, il décerne ses légions d’honneur personnelles, servi par une hypermnésie réjouissante. Mieux qu’un livre d’histoire, plus érudit qu’un magazine people et tout aussi intime qu’une autobiographie, voici un recueil de portraits qui se lit crayon à la main et sourire aux lèvres.

Des grumeaux dans la passoire de Philippe Bouvard, (Plon), 341 pages, 20 euros.

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