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« La technologie peut encore jouer un rôle positif et émancipateur »

Ceci étant dit, il faut aussi noter que le Privacy Shield [accord dans le domaine du droit de la protection des données personnelles, qui a été négocié entre 2015 et 2016 entre l’Union européenne et les États-Unis d’Amérique, ndlr] et le Safe Harbor [son prédécesseur, conçu par le gouvernement des États-Unis et conclu avec la Commission européenne en juillet 2000, ndlr] ont tous les deux été écrits très rapidement, avec légèreté, et qu’ils ont permis une exfiltration des données européennes inédite vers les États-Unis. Bref, on a amélioré les choses avec le RGPD, mais ce n’est pas non plus comme si l’Europe était un parangon en matière de protection de la vie privée.

Quel regard portez-vous sur le Digital Market Act (DMA), cette « législation sur les marchés numériques » qui vise à lutter contre les pratiques anticoncurrentielles des géants d’internet, adoptée début 2022 par l’UE ?

Un point très intéressant, dans le DMA, est le fait qu’il va forcer les très grandes entreprises technologiques à ne plus bloquer leurs utilisateurs dans un silo. Ce que nous défendons depuis longtemps avec la Quadrature, main dans la main avec l’Electronic Frontier Foundation (EFF), c’est précisément cette idée d’interopérabilité. C’est-à-dire la possibilité – voire l’obligation – pour certains acteurs de permettre à leurs utilisateurs de communiquer à travers d’autres plateformes que la leur : quelqu’un qui est sur WhatsApp devrait pouvoir envoyer un message à quelqu’un qui est sur Signal, et vice versa. De la même manière que quelqu’un sur Yahoo Mail ! peut envoyer un mail à quelqu’un qui travaille sur le compte Gmail d’une grande entreprise. Aujourd’hui, personne n’accepterait de devoir créer un compte Gmail pour pouvoir envoyer un mail à quelqu’un sur Outlook…

Donc avoir enfin dans la loi un plan concret, établi sur un an et demi, pour tendre vers l’interopérabilité est une avancée majeure. Telegram, iMessage et Instagram vont devenir opérables entre eux. Quand on sait que beaucoup de gens souhaitent quitter Facebook mais ne le font pas encore car ils ne souhaitent pas forcément renoncer à tous leurs contacts, on sait toute l’avancée que cela peut représenter.

La quatrième de couverture du livre évoque votre combat pour un Internet « juste, libre, émancipateur et démocratique ». À l’ère de la 5G, du métavers et de la « technopolice », cet horizon est-il encore crédible ?

C’est une question super intéressante, qui mériterait des heures et des heures de débats. Nous, à la Quadrature, on n’a pas de position arrêtée en tant que groupe : c’est une question qui nous anime régulièrement, c’est même un moteur de notre action et de nos réflexions. Au sein de l’association, des gens penchent dans un sens, et d’autres dans un autre.

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