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La France s’engage avec 16 Etats européens à soutenir l’Europe des puces – Electronique – L’Usine Nouvelle

Renforcer l’électronique européenne notamment dans les systèmes embarqués indispensables à des secteurs industriels clés comme l’automobile, l’aérospatial, la défense, l’énergie ou la santé. Telle est l’ambition de la déclaration signée, le 7 décembre 2020, par 17 Etats membres de l’UE, dont la France, l’Allemagne et l’Italie.

C’est Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée en charge de l’Industrie auprès du ministre de l’Economie, des Finances et de la Relance, qui s’est engagée pour la France.

Action sur toute la chaine de valeur

Les États signataires conviennent de travailler ensemble pour renforcer en particulier l’écosystème des puces électroniques sur l’ensemble de la chaine de valeur, depuis les matériaux jusqu’à la production, en passant par les logiciels CAO de conception. L’enjeu est d’assurer l’indépendance et la souveraineté européennes dans ce domaine clé au cœur de tous les secteurs d’applications.

Les puces comme les processeurs sont aujourd’hui au cœur de presque tous les produits modernes, des voitures et équipements médicaux aux téléphones portables et équipements de réseaux, des jouets aux systèmes de surveillance environnementale. Ils constituent les pierres angulaires de l’innovation et le moteur de la compétitivité industrielle dans le monde numérique. Ils déterminent les caractéristiques clés des produits dans lesquels ils sont intégrés comme la sécurité, la confidentialité ou l’efficacité énergétique, jouant un rôle essentiel dans la transition verte et numérique de la société.

Or l’Europe ne représente plus que 10 % du marché mondial, estimé à 440 milliards de dollars en 2020, au coude à coude avec le Japon, mais loin, très loin derrière les Etats-Unis qui s’accaparent environ 50 %. Elle subit une double dépendance, celle vis-à-vis de l’Asie pour la production des circuits les plus avancés, l’assemblage, le test et le packaging, et celle des Etats-Unis pour des composants stratégiques comme les microprocesseurs ou les circuits logiques programmables, et certains équipements de production et logiciels de conception.

Nouvelle réalité géopolitique

” Une nouvelle réalité géopolitique, industrielle et technologique redéfinit les règles du jeu, lit-on dans la déclaration. Dans ce qui a depuis longtemps été une entreprise mondiale, les grandes régions renforcent leurs écosystèmes locaux de semi-conducteurs en vue d’éviter des dépendances excessives aux importations. Aujourd’hui, l’Europe possède des atouts notables dans des domaines spécifiques, tels que l’électronique de puissance, les technologies radiofréquence, les capteurs intelligents, les microcontrôleurs, les technologies à faible consommation, les composants sécurisés et certains équipements de fabrication.”

Mais la part d’environ 10% de l’Europe est jugée bien en dessous de sa position économique. ” L’Europe est de plus en plus dépendante des puces produites dans d’autres régions du monde – notamment celles utilisées pour les communications électroniques, le traitement des données et les tâches de calcul, y compris les processeurs, déplorent les signataires. Pour assurer sa souveraineté technologique et sa compétitivité, et l’aider à relever les principaux défis environnementaux et sociétaux, nous devons renforcer sa capacité à développer la prochaine génération de puces jusqu’à la technologie de 2 nanomètres pour les processeurs les plus avancés. Ce nécessite un effort collectif pour mutualiser les investissements et coordonner les actions, tant de la part acteurs privés que publics. 

Pour Jean-Marc Chéry, président du directoire et directeur général de STMicroelectronics, l’un des ténors des puces européennes aux côtés d’Infineon Technologies et de NXP, cette initiative traduit une prise de conscience nouvelle en Europe. « Ce changement vient de l’effet collatéral de deux évènement, explique-t-il à L’Usine Nouvelle. Le premier est la crise du Covid-19 qui a mis en évidence la dépendance de l’Europe vis-à-vis de composants provenant de régions en dehors de l’Europe et qui a provoqué des ruptures de la chaine d’approvisionnement. Le second est l’impact de la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine. Pour la première, avec leurs embargos contre ZTE et Huawei, les Etats-Unis appliquent une loi extraterritoriale, non pas au contrôle des exportations d’armes, mais dans le civil. Depuis octobre, la Chine dispose d’une loi similaire entrée en vigueur en décembre 2020

Vers un plan IPCEI 2 sur la nanoélectronique

L’embargo américain contre Huawei a conduit tous les fournisseurs européens de ce grand client chinois, dont STMicroelectronics, à interrompre leur livraisons le 15 septembre 2020. La raison est simple : ils utilisent des technologies américaines dans la conception et/ou la production de leurs composants. Technologies que les Etats-Unis interdisent d’exporter vers Huawei.

Les Etats signataires se proposent de créer des synergies entre leurs initiatives nationales de recherche et d’investissement, et les actions européennes communes à mener dans les futures versions de plans comme KDT,  EuroHPC, EPI ou IPCEI. Un premier plan IPCEI (projet européen d’intérêt commun important) est actuellement mené dans la nanoélectronique par quatre pays : France, Allemagne, Italie et Royaume-Uni. Son volet français est le programme Nano 2022 lancé officiellement en mars 2019. ” Nous sommes en train de discuter avec la France et l’Italie de la suite dans le cadre d’un IPCEI 2 “, précise Jean-Marc Chéry. Les Etats français et italiens sont les deux actionnaires de référence de STMicroelectronics.

L’initiative propose de consacrer jusqu’à 20 % du budget européen de relance, soit 145 milliards d’euros, sur les deux à trois prochaines années, à son ambition. Un montant considérable qui marque un changement d’échelle inédit en Europe. ” C’est vrai que cela marque une rupture par l’ampleur des moyens affichés, reconnaît Jean-Marc ChéryReste à voir comme ce montant va se répartir dans la pyramide de l’électronique (matériaux, équipements de production, outils de conception, systèmes embarqués, semi-conducteurs…) et entre logiciel et matériel. Cette initiative est la reconnaissance unanime par l’Europe du rôle clé de notre industrie. »

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