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La danse des ego de Fabian Thomé

Lorsque Fabian Thomé se présente au Conservatoire royal professionnel de danse de Madrid (Mariemma) pour une audition comme danseur de flamenco, il a 18 ans et les sélectionneurs lui avouent qu’il est le premier danseur étranger (non espagnol) depuis 50 ans à oser cette démarche et, de surcroît, à être sélectionné. Né à Saint-Jean-de-Luz, dans le Pays basque français, c’est en regardant sa sœur danser, en chaussant ses ballerines et en s’essayant à des pas devant le miroir, qu’il prend sa décision : il sera danseur ! Il n’a alors que 7 ans. Une fois sa formation au conservatoire achevée, une longue carrière de danseur de flamenco l’attend. Trente années où il collabore avec les plus grands maîtres de la danse espagnole – Joaquín Cortes, Rafael Amargo et Lola Greco. Sauf qu’un jour, le chorégraphe-danseur réalise que quelque chose d’essentiel manque et ressent le besoin de faire une autre investigation sur son corps, différente de l’image que le flamenco lui renvoyait. À l’âge de 30 ans, il se lance dans la danse contemporaine. « J’avais envie de plus de liberté d’expression et surtout un besoin de ne pas être jugé. Le contemporain par rapport au flamenco me parlait plus. » Lorsqu’il participe à l’émission en France La meilleure danse en tant que danseur de flamenco, l’un des membres du jury, Franco Dragonne, lui propose d’intégrer le spectacle du Cirque du soleil destiné à se produire à Macao. Fabian Thomé tente l’aventure, c’était pour lui une expérience unique. Un an plus tard, il se rend à Houston (Texas) où il croisera dans une cabine d’ascenseur Sidi Larbi Cherkaoui. « J’étais en train de créer un solo, une sorte de transition entre le contemporain et le flamenco sur la musique Ne me quitte pas », qui ne laissera pas indifférent le grand chorégraphe belge. Celui-ci lui propose de faire partie de sa nouvelle production. « C’est ainsi, confie Thomé, que les portes se sont ouvertes. » En 2012, il crée à Madrid sa propre compagnie de danse contemporaine. Son travail se base sur les qualités du mouvement, afin de mieux connaître les limites du corps et d’exprimer des actions atteignant différents états, ainsi que sur l’improvisation afin de pouvoir développer encore plus la qualité du mouvement naviguant à travers différents états, à la fois corporels et mentaux. Dans le cadre de la 18e édition de Bipod (Beirut International Platform of Dance) qui s’est déroulée à Lyon et se déplace à Beyrouth autour de la thématique de la #désobéissance culturelle, Fabian Thomé a offert hier soir un spectacle de 20 minutes sur l’esplanade du musée Sursock qui sera présenté demain samedi 28 mai à Baakline.

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Moi-je, la pièce présentée par Fabian Thomé en duo avec Gonzalo Peguero Pérez aborde le thème de l’ego. « L’ego peut donner de l’ambition pour réussir, par contre fragilise la personne lorsqu’il est touché », explique le chorégraphe. Et d’ajouter : « C’est important de pouvoir voir à quel point l’ego nous ment sur certains points et à quel moment il nous fait du bien. À cela s’ajoute la pression d’une société de plus en plus individualiste et tournée vers l’image. Tout est réuni pour que la valeur que l’on donne à notre ego soit d’une importance fondamentale pour notre esprit. L’ego est donc le fondement de la personnalité, mais aussi un facteur de souffrance et de limitation d’un épanouissement personnel. Nous sommes une construction mentale de concepts abstraits qui aboutit à ce que nous appelons le soi, ou ego. Je pense qu’il est tout de même normal d’avoir un ego, il doit simplement avoir la bonne dimension. Et si au final, on ne fait pas de transition avec un travail sur soi-même, l’ego devient déconstructif. » Le spectacle Moi-je est divisé en deux parties. Dans la première, il y a un moi qui s’observe, se reflète et se matérialise dans le regard de l’autre. Un regard extérieur qui sert de miroir et qui est essentiel pour évoluer dans la vie, mais qui, en déséquilibre avec notre propre écoute intérieure, se traduit par une évolution déséquilibrée, déformée et fragile. Regarder à l’intérieur nous laisse dans un vide d’écoute, sans distraction, alors que dans la seconde partie l’ego disparaît, les danseurs deviennent fusionnels, se sentent et se perçoivent. Chacun devient l’autre et de l’ego on passe à l’écoute et à la connexion. À charge du spectateur de comprendre le spectacle à sa façon, selon son vécu et ses émotions. Et lorsqu’on lui demande pourquoi il a choisi au départ d’être bailaor (danseur flamenco) plutôt que danseur étoile, la réponse de Fabian Thomé fuse, toute prête dans sa tête : « Si la danse classique est une discipline rigide où la technique est millimétrée au pas près, le flamenco repose sur la nature même de l’écoute musicale, créatrice, avertie et précise. Elle est aussi déterminée par la relation qui se construit entre le musicien et son auditoire ; les musiciens et le danseur font corps, ils se répondent et se complètent dans une part de liberté, contrairement à la danse classique, que le public partage directement. Le flamenco, expression artistique populaire de tradition orale articulée autour de trois pôles (le chant, la danse et la guitare), demeure néanmoins très codifié et s’exerce à travers toute une gamme de types de chants ou de danses. »

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Mais le danseur précise toutefois qu’il suffit d’avoir le « duende (la passion) comme un état d’inspiration artistique ancré dans la chair et le sang pour faire ressortir les émotions, quand bien même on ne maîtrise pas la technique à 100 % ». Et de conclure : « Alors que les yeux du public, face à un danseur classique, sont rivés sur la technique, le flamenco offre une part beaucoup plus large de liberté. » « Duende », quand tu nous tiens…

Moi-je de Fabian Thomé

Entrée gratuite. Réservation sur le site www.citerne live

Carte de visite

Le chorégraphe et danseur français Fabian Thomé a remporté le 2e prix de la meilleure chorégraphie du XXe Concours espagnol de danse et de flamenco (2011), le prix de la meilleure interprétation au Concours international de chorégraphie de Burgos/New York (2014) et le 1er prix du 33e Concours chorégraphique de Madrid (2019). Il a été invité à participer à divers festivals tels que Madrid en Danza et Masdanza. Depuis 2004, il a collaboré avec de grands professeurs tels que Joaquín Cortes, Rafael Amargo et Lola Greco. Il a travaillé avec Franco Dragone pour le Cirque du soleil à Macao, avec Jean-Philippe Dury, Sharon Fridman, Carlos Fernández Fuentes, Arantxa Sagardoy et Alfredo Bravo. Il crée en 2014 sa propre société Full Time Company. Depuis 2015, il a rejoint le chorégraphe Sidi Larbi Cherkaoui chez Eastman Productions en tant que danseur et professeur.

En parallèle, Fabian Thomé anime différents ateliers, cours et créations chorégraphiques à travers l’Europe et l’Amérique dans des centres professionnels tels que des conservatoires, différentes écoles ainsi que dans des compagnies professionnelles. En 2017, il a créé Umbra, puis en 2018, Yöy au Warande Theatre et Involution pour le 180e Dance Center de Madrid et, enfin, en 2020 son œuvre Moi Je Humos au Teatros del Canal.

Lorsque Fabian Thomé se présente au Conservatoire royal professionnel de danse de Madrid (Mariemma) pour une audition comme danseur de flamenco, il a 18 ans et les sélectionneurs lui avouent qu’il est le premier danseur étranger (non espagnol) depuis 50 ans à oser cette démarche et, de surcroît, à être sélectionné. Né à Saint-Jean-de-Luz, dans le Pays basque français, c’est en…

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