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Inactivé, protéine recombinante, ARN messager ou OGM, quatre types de vaccins contre le Covid-19 – L’Usine Santé – L’Usine Nouvelle

En annonçant la stratégie française de vaccination contre le Covid-19 lors d’une conférence de presse le 3 décembre, Jean Castex a également intronisé le « Monsieur vaccin du gouvernement », le pédiatre et immunologiste Alain Fischer. Ce dernier – connu pour avoir mis au point en 1999 la thérapie génique pour les « bébés bulle », ces enfants privés de défenses immunitaires – a une très lourde charge sur les épaules. Cette campagne « sera la priorité numéro un du gouvernement dans les prochaines semaines », a insisté le Premier ministre.

Afin de rassurer les Français, Jean Castex a promis de la transparence. Quelles sont les technologies mises en œuvre dans les vaccins qui pourraient arriver en France courant 2021 ? Lesquelles sont inédites, voire relèvent du génie génétique ? Lesquelles ne sont pas OGM ? L’Usine Nouvelle fait le point.

Le classique vaccin tué ou inactivé

Dans la lutte contre le Covid-19, de nombreux laboratoires pharmaceutiques sont engagés dans la mise au point de vaccins. Certains utilisent des techniques traditionnelles, comme le vaccin atténué (l’invention déployée par Louis Pasteur) en présentant au système immunitaire le virus vivant mais ayant perdu sa dangerosité ; ou inactivé, avec un virus tué. Le corps apprend alors à reconnaître ce virus et fabrique des anticorps, qui pourront le neutraliser lorsqu’il se présentera pour de bon.

C’est le modèle retenu contre de nombreuses maladies : grippe et polio pour les vaccins inactivés ; rubéole, rougeole, fièvre jaune pour les atténués… Les laboratoires chinois Sinopharm et Sinovac l’utilisent pour leurs vaccins anti-Covid-19.

Les autres technologies vaccinales, connues ou innovantes, font un détour. Car ce n’est pas le coronavirus en tant que tel qui déclenche la réponse immunitaire, mais un antigène – la protéine de spicule Spike, dans le cas du coronavirus – qui se trouve à sa surface. Ces stratégies de vaccins en cours de développement entendent donc la cibler directement.

Les protéines recombinantes

La technologie la plus connue est celle des protéines recombinantes, produites par une cellule dont le matériel génétique a été modifié par recombinaison génétique. Déjà utilisée pour les vaccins contre l’hépatite B, le papillomavirus et une sorte de vaccin antigrippal, c’est l’option choisie par le français Sanofi, allié à son concurrent anglais GSK, en misant sur l’association adjuvant-antigène. Elle consiste à introduire dans l’organisme l’antigène et à l’associer « avec un adjuvant qui donnera le signal d’alerte au système immunitaire, explique Bruno Pitard, directeur de recherche à l’Inserm dans CNRS Le journal. Une protéine seule, même s’il s’agit d’une protéine virale, ne sera pas considérée comme dangereuse par le corps qui en produit lui-même des milliards. » Il faut donc la signaler au système immunitaire.

L’ARN messager

Et si, pour gagner du temps et éviter d’avoir à injecter des particules de Covid-19 dans le corps ainsi que des adjuvants, on faisait produire directement par le corps humain la protéine Spike ? C’est le but d’une technologie novatrice : l’ARN messager. Un virus « Canada Dry », selon l’expression de Bruno Pitard, avec une enveloppe totalement artificielle composée de molécules mimant les lipides et les protéines, qui aura tous les attributs d’un virus sans en être un. Développés par Pfizer et BioNTech mais aussi par Moderna, ces vaccins – les plus avancés dans la lutte contre le Covid-19, dont le premier vient d’être autorisé au Royaume-Uni, une première pour un vaccin à ARN messager – utilisent une synthèse chimique d’ARN messager (un petit fragment de matériel génétique) de la protéine Spike, encapsulée pour mieux pénétrer dans les cellules.

S’agit-il de vaccins OGM ? Non, répond le généticien Axel Kahn, dans une interview à L’Usine Nouvelle (à retrouver ici). « De l’ARN, il y en a naturellement plein nos cellules. Sur le plan théorique, je ne suis guère inquiet quant à l’innocuité de ces vaccins. » Et l’ARN de synthèse utilisé ici va disparaître de lui-même. « Il ne s’intègre pas au génome, c’est une molécule instable, précise-t-il. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il faut conserver ces vaccins au froid vif : autour de – 80 degrés Celsius pour le vaccin Pfizer-BioNtech et – 20 degrés pour Moderna. » Le français Sanofi planche également sur un vaccin de ce type dans le cadre d’un partenariat avec TranslateBio.

Les vaccins génétiques

Désormais tolérée dans la thérapie génique – promue notamment par le Téléthon pour soigner des maladies rares et graves – la technologie OGM n’est pas totalement nouvelle dans le monde des vaccins. Elle a déjà été utilisée par le passé pour vacciner des animaux et a très récemment été autorisée, dans un cadre limité et exceptionnel, chez les humains dans la lutte contre le virus Ebola. Mais la lutte contre le Covid-19 pourrait bien être sa rampe de lancement à l’échelle mondiale.

Le 10 juillet, le Parlement européen a facilité la tâche aux porteurs de projets de vaccins OGM, en autorisant pour les essais cliniques menés dans ce cadre très précis « une dérogation temporaire à l’évaluation préalable des risques environnementaux requise par la législation de l’UE relative à la dissémination volontaire dans l’environnement et à l’utilisation confinée des OGM ». Une décision contestée par certains députés européens d’Europe Écologie Les Verts (EÉLV). Ces vaccins génétiques sont de deux types.

Les vaccins à ADN – L’organisme français Institut Pasteur planche notamment sur un vaccin à ADN. Un fragment d’ADN du SARS-CoV-2 est injecté dans les cellules humaines, qui vont le transcrire en un fragment d’ARN capable d’induire la fabrication de la protéine Spike. « Ces vaccins ne sont pas vivants, rassure Axel Kahn. Ce fragment du génome viral est d’abord cloné, amplifié, puis isolé, injecté dans une formulation qui facilite la pénétration intracellulaire… une sorte de « lipofection » in vivo ! » A l’heure actuelle, cette technologie n’a jamais été autorisée chez l’humain. Seuls quatre vaccins à ADN sont utilisés chez les animaux, précise Bruno Pitard, interrogé par notre confrère Industrie & Technologies.

Les vaccins vivants recombinants – Le principe : utiliser des vecteurs viraux, c’est-à-dire insérer l’antigène (le gène codant la protéine Spike) dans des virus vivants mais rendus inoffensifs. La plupart des laboratoires engagés contre le Covid-19 planchent sur des adénovirus, des virus du rhume saisonnier. « Certains utilisent de l’adénovirus humain, d’autres de l’adénovirus de singe comme le laboratoire AstraZeneca associé à l’université d’Oxford. Le vaccin russe Spoutnik-V fait les deux, explique Axel Kahn. Ce sont des virus vivants que j’ai moi-même beaucoup utilisés dans ma carrière de chercheur pour de la thérapie génique. » Deux des trois vaccins qui devraient être testés en France à partir de la mi-décembre sur 2 200 volontaires font appel à ces technologies : ceux de l’américain Janssen (filiale de J&J) et de l’anglo-suédois AstraZeneca. Ils utilisent la plate-forme technologique développée par J&J pour son vaccin Zabdeno, génétiquement modifié pour contenir une protéine du virus Ebola.

Quel impact sur l’ADN du patient?

Cette technologie peut-elle avoir un impact sur le patrimoine génétique de la personne vaccinée ? « Normalement l’adénovirus ne s’intègre pas dans le génome, contrairement à d’autres vecteurs, précise Axel Kahn. Et il y a très rapidement une immunisation, le vecteur est rapidement rejeté. » En utilisant la technologie des vaccins vivants recombinants, l’Institut Pasteur travaille également en partenariat avec le géant américain MSD sur un vaccin attendu pour fin 2021. Il s’aide pour cela du vaccin contre la rougeole – utilisé depuis quarante ans pour vacciner les enfants – dans une version dont l’ARN a été modifié afin d’y intégrer le code de la protéine Spike. Pour rassurer, les essais cliniques et études d’innocuité sur ces nouveaux vaccins devront être particulièrement poussés, alertent les experts.

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