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FoMO : être accro à son smartphone n’est pas une fatalité – L’Éclaireur Fnac

FoMO, Fear of Missing Out. La peur de passer à côté de quelque chose. Une info, un post, un buzz… Le terme, qui décrit une forme d’anxiété sociale, existe depuis 2004. C’est l’Américain Patrick McGinnis, alors étudiant à la Harvard Business School, qui crée cet acronyme dans une chronique pour dénoncer la suractivité sociale des étudiants qui écumaient les fêtes et les événements chaque nuit pour être sûrs de ne pas rater LA soirée dont tout le monde parlerait le lendemain.

En 2013, le dictionnaire Oxford, s’appuyant sur des travaux de chercheurs, publie une définition officielle. FoMO est considéré une « appréhension omniprésente que d’autres pourraient avoir des expériences enrichissantes dont on est absent ». Conséquence : l’envie de rester continuellement connecté pour savoir à tout moment ce que font les autres. Car ce phénomène est intimement lié aux outils connectés et à Internet, et notamment aux réseaux sociaux

Un problème de santé mentale

Si on ne peut pas à proprement parler de maladie, il s’agit pourtant bel et bien d’un problème de santé mentale. « Ce phénomène touche principalement des personnes qui sont dans l’hypercontrôle et qui ont un haut niveau d’exigence envers elles-mêmes », explique le psychologue et psychanalyste Michaël Stora, auteur d’Hyperconnexion paru en 2017 (coécrit avec Anne Ulpat, éditions Larousse). Elles ont cette forme de fragilité, une forme de peur de l’abandon et du rejet. »

Selon une étude publiée dans la revue Psychiatry Research, il n’y a pas d’âge ni de genre pour souffrir de cette peur de passer à côté de quelque chose. Néanmoins, selon un sondage Eventbrite/Harris, la FoMO touche, de manière plus ou moins forte, quelque 69 % des Millennials (définis ici comme les personnes nées entre 1980 et 1996). Les plus connectés ne sont donc pas les ados, comme on pourrait le penser, mais les 30-49 ans.

Consulter les réseaux sociaux dès le réveil, s’y connecter à de nombreuses reprises au cours de la journée, succomber régulièrement à des achats compulsifs, planifier des voyages en fonction des destinations les plus populaires sur Internet… Cette FoMo se matérialise de bien des manières. Et les marques savent pertinemment comment jouer sur cette corde sensible qui a été totalement intégrée aux stratégies marketing depuis plusieurs années.

FOMO
Contrairement aux idées reçues, ce ne sont pes les plus jeunes qui sont le plus accros aux écrans.©Krzysztof Kamil / Pixabay

De l’angoisse à la déprime

Si la FoMo reste relativement mesurée chez la plupart des gens, certaines personnes en souffrent réellement. « Parmi les profils de personnes susceptibles d’être touchées, il y a notamment les journalistes, souligne Michaël Stora. Twitter est un réseau social particulièrement néfaste en la matière et, à l’heure de l’infobésité, il y a une vraie peur de louper une info chez cette catégorie socioprofessionnelle. C’est encore plus vrai chez les pigistes, les journalistes freelance, dont l’activité repose sur la capacité à proposer sans cesse de nouveaux sujets originaux. »

« Pour certains, cela peut devenir un enfer. »

Michaël Stora

Psychologue, psychanalyste

Amandine, journaliste en presse quotidienne, avoue que c’est un problème : « La seule fois où j’ai coupé, en 14 ans de métier, c’est quand je suis partie à Cuba pendant 15 jours. Il n’y avait pas Internet. » Même son de cloche chez Mathieu : « J’avais toujours peur de passer à côté d’une info, d’une idée de sujet, c’était épuisant. J’ai fini par quitter le métier. »

La peur de ne plus être en lien avec le monde par l’entremise de son portable est réelle. « Manque de réseau, batterie HS, casse, oubli… Le smartphone est devenu une extension de soi et certains, s’ils en sont séparés pour une raison ou une autre, ont l’impression de ne plus exister. Cela peut créer une angoisse très forte, qui peut mener jusqu’à la déprime », note Michaël Stora. Un objet devenu tellement essentiel qu’on en devient esclave. Qui n’a jamais fait demi-tour parce qu’il avait oublié son téléphone chez lui ? Qui n’a jamais angoissé en regardant son pourcentage de batterie diminuer bien trop vite à son goût ? « Pour certains, cela peut devenir un enfer », assure le psychologue.

La FoMo “sous contrôle”, mais la FoMO quand même

« Je passe un temps important devant les écrans pour mon travail d’architecte IT, explique Philippe, 37 ans. Zoom, Teams, Slack, iMessage… je jongle entre les outils de messagerie et c’est un casse-tête pour ne rien rater. Dans l’idéal, j’aimerais n’en garder qu’un, Slack, mais c’est irréaliste. En revanche, j’ai fait le tri dans les réseaux sociaux. Je n’ai conservé que Twitter et Instagram, mais j’ai arrêté Linkedin et Facebook. Je n’ai gardé que les comptes où j’ai noué de vrais liens avec des gens et où les échanges sont qualitatifs. » S’il estime gérer relativement bien cette hyperconnexion, il avoue cependant souffrir de FoMO dès lors qu’il s’agit des concerts de musique.

« Je voyage partout dans le monde pour assister à des concerts. Et lorsque mes artistes préférés annoncent de gros événements, là je suis capable d’aller assez loin pour ne pas rater la mise en vente des tickets. Je vais bloquer mon calendrier professionnel pour être dispo à la bonne heure, utiliser plusieurs ordinateurs, paramétrer des VPN… Je m’assure par tous les moyens que je pourrai acheter des tickets. Pour LCD Soundsystem, par exemple, j’avais cinq écrans devant moi (PC pro, perso, iPad, smartphone…). Ça oblige aussi à suivre de près l’actualité de mes artistes, mais je ne vois pas ça comme une contrainte. Sur les sept dernières années, je n’ai loupé qu’un événement : Arcade Fire à Londres. Le site Ticketmaster a planté, je leur en veux encore. »

S’il avoue avoir déjà décalé des réunions « non cruciales » pour acheter des places en temps et en heure, Philippe explique cependant mettre des limites. « Je ne vais pas me lever en plein milieu de la nuit pour acheter des places pour des concerts à l’étranger », assure-t-il.

Des crises d’anxiété à cause de la batterie de son smartphone

« Mon cœur pouvait s’emballer d’un coup, j’avais les mains moites, des suées… il m’est arrivé de faire des sortes de crises de panique parce que mon smartphone n’avait plus de batterie. Rétrospectivement, je trouve ça dingue, mais j’avais un peu perdu le contrôle. » Sophie, 36 ans, fleuriste reconvertie, a souffert de FoMO à l’époque où elle travaillait dans l’événementiel.

FOMO
©Marcos Mesa Sam Wordley / Shutterstock

« Il fallait que je sois au courant de tout. Des meilleures soirées et où elles avaient lieu, des tendances food du moment, de ce que faisaient les influenceurs que je suivais, de la vie de mes amis, voire d’inconnus… Je vivais dans une sorte de “bruit général” permanent dont je ne pouvais me défaire, que ce soit tard le soir, le week-end, en vacances… »

Émotionnellement à bout, Sophie a pris une décision radicale quand tout s’est arrêté avec le Covid et le confinement. D’un coup, plus de soirée et moins de tentations. « J’ai réalisé à quel point mon comportement était vide de sens. J’ai désinstallé certaines applis, j’ai commencé un journal intime, me suis imposé des balades quotidiennes dans la nature et retrouvé le bonheur de lire des livres. Du temps long. Quand tout est reparti comme avant, je n’ai pas voulu retomber dans les mêmes travers. J’ai décidé de changer de vie. Et je ne peux que m’en féliciter depuis. »

Une digital détox plus intelligente

« Commencer par couper les notifications de son smartphone est déjà un très bon début, pointe Michaël Stora. Il faut avoir cette capacité à pouvoir se dire qu’il est possible de se retrouver face à soi-même. Il y aura forcément un temps d’adaptation. C’est comme quand on part en vacances, il faut toujours trois ou quatre jours d’adaptation. Mais il n’est pas forcément obligatoire d’aller d’un extrême à l’autre, de l’hyperconnectivité à la coupure totale. »

Et d’ajouter : « Je trouve plus intéressant de participer à des séances de groupe pour parler de ce problème, un peu comme les alcooliques anonymes, plutôt que de partir faire une retraite quelque part et de s’extraire totalement de son quotidien. Le risque, quand on revient dans la vie réelle, est de retomber dans les mêmes travers, car on n’a pas réfléchi aux raisons réelles de notre comportement. »

Plutôt qu’une parenthèse enchantée entre spa, méditation et healthy food, mieux vaut un travail sur soi-même sans s’extraire totalement de son quotidien. C’est plus complexe aussi, car le but est de comprendre quelle est la souffrance profonde sous-jacente, la fragilité, qui déclenche la FoMO.

Le JoMO, “Joy of Missing Out”, un vrai luxe

« L’économie de l’attention sur laquelle jouent les réseaux sociaux est une grave erreur, explique Michaël Stora. On s’aperçoit que le JoMo, la joie de passer à côté de quelque chose est devenu un vrai luxe. La société engendre beaucoup de stress. Pouvoir retrouver la maîtrise du temps, décider de couper son smartphone, de ne pas regarder ses mails ou ses messages n’est pas donné à tout le monde. »

Addiction à l’information, aux notifications Tinder, aux trends sur les réseaux sociaux… tout le monde ne réalise pas forcément l’étendue du problème à moins de se poser, de regarder vraiment son temps d’écran. « Tout cela ne nous sert pas vraiment. Cela ne fait que renforcer notre insatisfaction, car on ne peut pas tout voir, tout suivre. En revanche, retrouver la maîtrise du temps, voilà le dernier grand luxe. Ai-je besoin de savoir à la minute que telle chanteuse ou tel artiste est décédé ? En quoi cela va-t-il améliorer ma vie ? Le modèle de société, de penser le monde imaginé par Facebook est une horreur absolue. Il faut apprendre à s’en défaire pour notre bien-être mental », conclut Michaël Stora.

5 façon de réduire son addiction au smartphone

Parce que, paradoxalement, la technologie peut aussi nous aider à nous en détacher et à prendre du recul avec nos écrans, nous vous proposons un petit guide pratique pour redevenir maître et maîtresse de votre temps.

  • Pour ne pas être tenté de regarder toutes les 5 minutes son téléphone, la suggestion de Michaël Stora est de couper les notifications. Alors, on désactive les alertes des applis de news, des réseaux sociaux et de ses mails professionnels (au moins le soir et le week-end dans ce dernier cas).
  • iOS et Android permettent également de paramétrer des périodes de la journée où notre concentration doit être focalisée sur autre chose que le smartphone. Il est possible d’affiner les réglages en fonction du lieu (mode travail activé quand j’arrive au bureau), de ses rendez-vous (pas de messages intempestifs pendant une réunion importante) ou encore pendant qu’on conduit. On peut même décider de s’octroyer du temps pour soi à un moment précis ou refuser d’être importuné pendant qu’on part faire son running.
  • Faire le point régulièrement sur sa consommation d’écran est important. Depuis quelques années, iOS et Android affichent votre niveau de consommation du smartphone avec une répartition par application. Quand on y regarde de plus près, les chiffres sont souvent bien plus vertigineux qu’on ne le penserait a priori. D’ailleurs, un petit exercice en la matière est utile : écrivez votre estimation du temps passé devant des écrans et la répartition par application puis allez vérifier ce qu’il en est exactement.
  • Ces interfaces permettent aussi de fixer une limite de temps par application (pourquoi ne pas contraindre sa consultation d’un réseau social à 1 ou 2 heures « seulement » par jour, puis diminuer peu à peu). Il est même possible d’opter pour un « temps d’arrêt » où seules quelques apps de votre choix seront autorisées (ainsi que les appels téléphoniques). Pourquoi ne pas mettre cela en place quotidiennement 1 heure avant d’aller au lit par exemple ? Votre sommeil n’en sera que meilleur.
  • Dernier conseil : développer de nouvelles habitudes. Lire un certain temps tous les jours, pratiquer la méditation, se créer une routine sportive matinale… Pour que tout cela s’ancre dans votre vie, il faut y aller progressivement et se fixer des objectifs. Pour cela, une application comme Routinery (gratuite sur Android et iOS) peut se révéler bien utile. Pour que le fameux « cette fois-ci, je vais m’y tenir » ne tombe pas aux oubliettes.

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