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Espace : la mission kamikaze de la Nasa pour dévier la course d’un astéroïde

Cette mission suicide, sans précédent dans l’histoire spatiale, a un but bien précis : dévier légèrement la trajectoire du caillou par la force de l’impact, et ainsi ouvrir la voie à la mise au point d’une technologie de défense contre les astéroïdes tueurs. Ceux dont la chute serait susceptible de dévaster des régions entières, voire des continents. Il est bien clair qu’il s’agit d’un essai. En aucun cas le système Didymos/Dimorphos ne menace de croiser la course de la Planète bleue à plus ou moins longue échéance.

La Terre arbore les cicatrices de chocs aux effets majeurs

Le risque n’est pas théorique. Si la surface de la Terre engloutit lentement ses archives, vieilles de centaines de millions d’années, par le jeu de la tectonique des plaques – la croûte terrestre se déforme et se renouvelle en permanence – elle arbore néanmoins les cicatrices de chocs aux effets majeurs dans un lointain passé. Longtemps discutée, la collision d’un astéroïde ou d’une comète d’au moins dix kilomètres de diamètre a formé un énorme cratère il y a 66 millions d’années sur l’actuelle péninsule du Yucatán, au Mexique, et a éradiqué une bonne partie du monde vivant, à commencer par les dinosaures non aviens.

La menace apparaîtra tôt ou tard

À la très brève échelle de l’histoire humaine, la désintégration d’un objet céleste est incriminée pour expliquer les dégâts colossaux survenus en juin 1908 dans la région inhabitée de la Toungouska, en Sibérie centrale, où la forêt a été couchée sur des dizaines de kilomètres. Plus récemment, en février 2013, un bolide d’une quinzaine de mètres de diamètre a explosé au-dessus de la région de Tcheliabinsk, en Russie, et a généré une onde de choc qui a fait voler en éclats les vitres alentour et a blessé des centaines de personnes.

Toutefois, le crash qui a secoué les consciences est extraterrestre. En juillet 1994, la dislocation et la chute sur Jupiter de la comète Shoemaker-Levy 9 ont été attentivement observées depuis la Terre. Les impacts se sont accompagnés d’intenses dégagements de chaleur, ont généré des ondes sismiques en pagaille et ont laissé des marques sombres à la surface de la géante gazeuse, longues de plusieurs milliers de kilomètres et discernables pendant des mois. De quoi s’interroger sur les conséquences d’un semblable cataclysme sur Terre.

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Au regard de ce remarquable spectacle pyrotechnique, les vitres cassées de Tcheliabinsk font figure de moindre mal. Le mauvais sort cosmique et la loi des probabilités réserveront tôt ou tard des désagréments plus sinistres aux terriens. Normalement, ce devrait être tard plutôt que tôt. Aucun des gros objets connus n’est considéré comme menaçant au fil du siècle à venir. Mais tous ceux qui dépassent cent mètres de diamètre ne sont pas recensés, loin de là. Les astéroïdes se comptent par millions dans le système solaire dont ils sont les témoins des premiers âges. Ils se baladent en orbite autour de notre étoile et sont, pour une partie d’entre eux, garés dans la ceinture principale, comprise entre les orbites de Mars et de Jupiter.

Viser la cible à 22 000 km/h

Rien ne garantit la réussite, à laquelle 27 pays collaborent. La sonde Dart, d’une masse de 550 kilos, doit percuter la surface de Dimorphos à quelque 22 000 km/h. C’est tout le contraire de la routine des programmes d’exploration spatiale, dans lesquels les vaisseaux sont conçus pour ralentir à l’approche de leur cible. « Il est très difficile d’ajuster la trajectoire à si haute vitesse », prévient Simone Pirrotta, qui supervise la contribution italienne à l’entreprise au sein de l’agence spatiale de son pays. Les Italiens ont fourni un mini-satellite de 14 kilos qui s’est séparé de Dart il y a deux semaines pour filmer l’impact à faible distance. « Dart ne pourra distinguer Dimorphos de Didymos qu’au cours de l’ultime heure de sa course. Il le fera de façon autonome, sans intervention du sol », explique Nancy Chabot, une planétologue américaine qui assure la coordination de la mission. Le vaisseau emporte sa propre caméra, appelée Draco, qui enverra des images jusqu’à sa destruction.

Il est très difficile d’ajuster la trajectoire à si haute vitesse

Il faudra ensuite évaluer la réalité de l’exploit au moyen des télescopes terrestres. Si Dimorphos bouge d’un poil, sa révolution autour de son grand frère Didymos s’en trouvera modifiée. Il l’accomplit en 11 heures et 25 minutes. « Quelques minutes de plus ou de moins seraient le signe d’un changement substantiel. Il pourrait être détecté en quelques semaines, voire quelques jours », estime Tom Statler, le scientifique qui supervise la mission au sein de la NASA.

Et ensuite, la sonde Hera

L’affaire ne sera pas terminée pour autant. Dans deux ans, une sonde européenne baptisée Hera doit s’arracher du sol pour parvenir à proximité de Dimorphos en 2026. Elle étudiera alors le cratère d’impact et pourra cartographier l’astéroïde. On ne connaît ni sa composition chimique, ni sa densité, ni sa résistance aux chocs.

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