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Entrez dans la danse avec « The Prom » ! – Le Point

Avez-vous reçu votre carton d’invitation ? À partir d’aujourd’hui, vous êtes formellement conviés à voir The Prom, le nouveau film de Ryan Murphy, sur Netflix. Une comédie musicale festive qui, comme le champagne et les cotillons du réveillon, vous transportera dans un état d’euphorie agréable et un brin artificiel.

La tradition du prom (bal de fin d’année) occupe une place centrale dans la culture populaire américaine. Des films Grease (1978), Pretty in Pink (Rose bonbon, 1986), Dix bonnes raisons de te larguer (1999), aux séries ado Dawson et, plus récemment, 13 Reasons Why, ce rite de passage ne cesse de fasciner. Il a même fait l’objet d’une comédie musicale à New York, en 2018-2019, qui suit le parcours d’une adolescente de l’Indiana qui n’est pas autorisée par son lycée à se rendre au bal de promo avec sa petite amie. Elle est soutenue dans son combat pour l’égalité par une drôle de troupe : des comédiens vétérans de Broadway qui, afin de redorer leur réputation esquintée par les critiques et booster leur carrière, font de sa cause la leur. C’est cette histoire qui a inspiré le scénariste et réalisateur engagé Ryan Murphy, lui-même ayant grandi à Indianapolis et souffert de préjugés anti-homosexuels.

Pour l’adaptation cinématographique de The Prom, le co-créateur de Glee (qui n’a pas tourné de film depuis Mange, prie, aime en 2010) a mis les petits plats dans les grands. Pour interpréter les acteurs has-been et opportunistes, il a recruté quatre stars internationales qui savent aussi pousser la chansonnette : Meryl Streep (Mamma Mia !), Nicole Kidman (Moulin Rouge), James Corden (Cats) et Andrew Rannells (The Book of Mormon). Il a exprimé son souhait de s’inscrire dans la lignée des comédies musicales hollywoodiennes mythiques Un Américain à Paris, Chantons sous la pluie, Chicago… et Netflix lui a donné carte blanche (et le budget qui va avec). Murphy a ordonné à ses collaborateurs de libérer tout le pizazz (force créative extravertie et glamour) dont ils sont capables.

Pour chanter leur cri de ralliement (le thème Zazz ), Nicole Kidman elle-même n’a pas hésité à se couvrir de plumes et de paillettes, nous prouvant au passage que Satine, la danseuse de cancan parisienne qu’elle incarnait il y a 20 ans dans Moulin Rouge, n’a pas perdu son jeu de jambes légendaire. Le résultat, pour reprendre une expression du personnage de Dee Dee Allen, la diva en quête de rédemption jouée par Meryl Streep, est « mitigé-positif ».

À contre-courant des œuvres satiriques que Ryan Murphy a produites dans le cadre de son partenariat avec Netflix, le film déborde de bons sentiments. Et c’est tant mieux ! D’une part parce qu’après des mois de confinement, ça fait du bien de se mettre sur son trente-et-un pour aller au music-hall (une des industries du divertissement les plus touchées par la crise actuelle). D’autre part, parce que le créateur délivre enfin une œuvre cohérente dans laquelle il assume pleinement son obsession du happy-end. Depuis Nip/Tuck au début de sa carrière, Ryan Murphy s’acharne à provoquer les âmes sensibles au moyen d’une esthétique hyper-travaillée (le gore d‘American Horror Story), de sujets controversés (le procès d’O. J. Simpson), ou de mélodrames (les années sida à New York)… sans jamais vraiment tordre le cou au politiquement correct. Ses séries récentes, The Politician, Hollywood et Ratched, se sont révélées particulièrement décevantes à cause de cette contradiction intrinsèque.

Mise en scène gandiose

Le showrunner hyper-productif est tiraillé entre la volonté d’être inclus dans le canon de l’âge d’or des séries (ces fictions acerbes aux anti-héro(ïne)s incorrigibles, de Tony Soprano à Villanelle) et son ambition de rendre justice aux victimes de discriminations. Dans The Prom, ce dilemme est absent. L’équipe du film préfère se concentrer sur la joie contagieuse qu’elle éprouve à nous en mettre plein la vue plutôt que sur le message de tolérance. De ce point de vue, c’est un succès.

On se laisse transporter sans mal par la mise en scène grandiose (un pan de Broadway, le cœur théâtral de Times Square, a été reconstitué en studio), par les costumes éblouissants et les hymnes aussi entraînants que les pas de danse qui les accompagnent (notre préféré ? Love Thy Neighbor ). Malheureusement, l’humour qui surgit du choc culturel lorsque les quatre compères new-yorkais débarquent dans la bourgade fictionnelle d’Edgewater est non seulement vu et revu, mais condescendant.« Ce n’est pas l’Amérique ici, c’est l’Indiana ! » affirme Kerry Washington, affublée d’un twin-set sévère. Dans ce rôle de présidente de l’association des parents d’élèves ultra-conservatrice, elle nous évoque bizarrement Elena, son ennemie jurée de la série Little Fires Everywhere. Emma, l’adolescente gay privée de fête, est quant à elle traitée comme un prétexte et non comme un personnage à part entière. C’est dommage, car l’actrice Jo Ellen Pellman (qui ressemble de façon étonnante à Drew Barrymore et Elisabeth Moss) est pleine de promesses, tout comme le reste du casting lycéen pétulant qui coche les cases d’une diversité réaliste. À cela s’ajoute un défaut non négligeable pour une comédie musicale : The Prom souffre d’un gros coup de mou à mi-chemin, que les charismes de Meryl Streep et de Nicole Kidman, même s’ils pourraient alimenter les illuminations de Noël, ne suffisent pas à sauver.

MERYL STREEP et JAMES CORDEN dansTHE PROM de Ryan Murphy
© r MELINDA SUE GORDON/NETFLIX © 2020

La seconde partie du film, délestée de toute tension narrative puisque les enjeux de départ semblent avoir été miraculeusement résolus, n’est qu’une succession de numéros musicaux servant de faire-valoir au quatuor de comédiens narcissiques. The Lady’s Improving (Madame s’améliore) entonne Dee Dee, dans l’espoir de prouver qu’elle est capable de générosité authentique. Cet effet de mise en abyme ironique (Hollywood adore se regarder le nombril) est exploité de façon formulatique jusqu’à la limite du mauvais goût. Au final, si The Prom s’égare dans la superficialité, ce n’est pas de la faute de son scénario bancal et certainement pas de celle de ses acteurs qui se donnent à 200 %. C’est sans doute parce que le bal de promo est une institution essentiellement frivole. Pire, elle est maintenue en place alors que, film après film et série après série, elle apparaît comme de plus en plus rétrograde, sexiste et ringarde. L’étendre à la communauté LGBT c’est bien, l’abolir c’est mieux. Le film Carrie avait ouvert la voie de la révolution dans les années 1970… et si le moment était enfin venu de couper la tête du roi du bal et de brûler nos tiares ? Symboliquement, bien sûr.

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