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En Guyane, la danse entre ferveur et débrouille – Le Monde

Marion Gautier de Charnacé, avec les élèves de l’Adaclam, à Cayenne (Guyane), le 25 novembre 2022.

On ne sait plus où donner de la tête. On lance une antenne à droite, une à gauche, une autre au milieu et on aimerait en avoir dans le dos. Samedi 26 novembre, le Conservatoire de musique, danse et théâtre de Guyane (CMDTG) est dans ses petits chaussons. Dans le cadre de L’Opéra en Guyane, projet de coopération culturelle piloté par l’Opéra national de Paris, qui se déroule jusqu’au dimanche 4 décembre, des membres de l’institution parisienne donnent des cours à de jeunes interprètes, et c’est la fête. Des airs de piano griffés par des cris stridents d’oiseaux kikiwis se faufilent par les portes ouvertes, soudain étouffés par une fanfare tonitruante.

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Sans avoir le temps de dire ouf, on saute dans un bouillon de corps en train de mijoter sous la houlette de Marion Gautier de Charnacé et de Takeru Coste. On frotte et brosse le sol du bout des orteils avec l’étoile Stéphane Bullion pour mieux se gratter le mollet avec Muriel Zusperreguy, qui compare, elle, les battements sur le cou-de-pied à des piqûres de moustique. Ça tombe bien, ça démange. La sueur s’évapore dans les courants d’air, parfaits pour sécher la chemise avant qu’on ne replonge dans la fournaise. Trente degrés et un taux d’humidité à 89 %, ça vous rince !

Cette journée joyeusement dégoulinante regroupe une trentaine d’élèves volontaires, âgés de 10 à 29 ans, en majorité des filles, de quatre écoles de danse, ainsi qu’une quinzaine de professionnels. Les justaucorps sont roses, turquoise ou noir et blanc selon l’école, mais l’enthousiasme et la concentration se moquent du code couleur. « L’Opéra est inaccessible dans l’imaginaire de nos élèves, commente tout sourire Michaëlle Ngo Yamb Ngan, directrice du CMDTG. Prendre un cours avec une étoile relève de l’impossible, et pourtant ils sont là. » Et les enfants aussi, qui se pressent encore plus nombreux le lendemain. « On s’adapte chaque jour et on est sur le qui-vive pour répondre à leurs besoins », glisse Stéphane Bullion. « Ce sont eux qui me guident, ajoute Muriel Zusperreguy. J’essaye déjà de leur montrer qu’on peut trouver du plaisir dans l’effort. » Mission réussie. Que l’on tende le micro aux petits ou aux grands, le plaisir est là.

Détection de talents

Pourquoi l’Opéra national de Paris a-t-il élu la Guyane pour muscler son dossier diversité ? Myriam Mazouzi, directrice de l’Académie, a lancé l’idée. « J’ai été frappée en décembre 2017 par les émeutes à Cayenne et je me suis dit que, chacun à notre place, on pouvait tenter d’apporter des réponses. » Elle élabore un premier projet qui n’intéresse personne jusqu’à ce qu’Alexander Neef prenne la tête de l’institution en 2020. Présent à Cayenne pour « comprendre un peu mieux le terrain et le travail qui va suivre », Neef met en avant « la question de l’égalité des chances et le besoin de sortir des canaux de recrutement habituels ».

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