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En Europe du Sud, la pandémie a fauché des économies déjà très fragilisées – Le Monde

Dans une rue d’Athènes, le 1er décembre.

Depuis le 7 novembre, Kostas Lionas ne peut ouvrir sa papeterie, au centre d’Athènes, que pour faire des photocopies, règles de confinement obligent. Son chiffre d’affaires a plongé de plus de 80 % et il s’inquiète pour les mois à venir. « Combien de temps pouvons-nous résister ? De nombreuses entreprises et magasins risquent de ne pas rouvrir après le confinement, car les aides de l’Etat ne sont pas suffisantes… » En Grèce, les salariés mis en chômage partiel ou les entrepreneurs, qui ont dû fermer leurs sociétés, bénéficient d’une allocation de 800 euros par mois seulement.

La pandémie a frappé le pays alors que l’économie grecque commençait tout juste à relever la tête après l’effondrement de 25 % du produit intérieur brut (PIB) pendant la crise de la zone euro de 2010. Signe de cette fragilité, le taux de chômage y était encore de 16 % début 2020. L’histoire de M. Lionas illustre ce qu’ont vécu les Grecs pendant cette décennie. Ses deux fils sont partis aux Etats-Unis et en Angleterre à la recherche d’un avenir meilleur, la retraite de sa femme a été drastiquement diminuée, et les impôts ont augmenté. Kostas prend cependant avec philosophie et humour ce nouveau défi lié au coronavirus : « Ce n’est pas qu’une crise grecque, cette fois ! »

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En Europe, le choc social de la pandémie a été inévitablement brutal, malgré les politiques d’aide publique extrêmement actives. Les pays qui étaient déjà les plus fragiles sont aussi les plus touchés. L’Espagne, très touristique, est celui qui a perdu le plus d’emplois au deuxième trimestre, suivi de l’Italie et du Portugal. L’Italie, la Grèce et l’Irlande sont ceux où le nombre d’heures travaillées a le plus baissé. En Grèce, le tourisme représente 20 % du PIB, et ce secteur (en incluant la restauration) a connu un bond de 20 % du chômage.

« Ma grande inquiétude est de voir une accélération des divergences entre les pays européens », Shahin Vallée, du German Council on Foreign Relations

« Ma grande inquiétude est de voir une accélération des divergences entre les pays européens, explique Shahin Vallée, du German Council on Foreign Relations. L’économie allemande va repartir vite, tandis que celles de l’Italie, de l’Espagne et du Portugal s’enfonceront, ce qui attirera logiquement les capitaux et le travail vers le nord, accentuant encore les écarts. »

Sur l’île de Paros, en Grèce, Vaggelis Pittas, un propriétaire d’un restaurant et bar de plage, ne peut que constater les dégâts. « J’ai perdu 60 % de mon chiffre d’affaires et, si je n’ai pas une bonne saison l’an prochain, je devrai mettre la clé sous la porte. » Cet été, il n’a employé que dix-huit de ses vingt-cinq salariés habituels et avoue avoir eu du mal à les payer : « Les recettes ont été très faibles alors que les salaires, les factures, les impôts s’accumulaient. »

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