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Election de Joe Biden : en Amérique latine, beaucoup d’espoirs et quelques déceptions

Dans «l’arrière-cour des Etats-Unis», comme on présente souvent l’Amérique latine, la course pour la Maison Blanche est suivie avec autant d’intérêt que les scrutins locaux, en raison des liens de dépendance économique et la présence d’immigrés de toute la région chez le puissant voisin du nord. Si l’économie étasunienne va bien, les résidents étrangers gagnent davantage et peuvent d’autant mieux soutenir leurs proches restés au pays. Pour certains pays, la proximité idéologique avec Donald Trump était claire : le Brésil de Bolsonaro ou la Colombie d’Iván Duque. D’autres étaient dans la ligne de mire de Washington, avec brouille diplomatique et sanctions : le Venezuela et Cuba. Du Rio Grande, dans le nord du Mexique, jusqu’à la Terre de Feu, à l’extrême sud du Chili et de l’Argentine, l’arrivée de Joe Biden rebat les cartes.

Bouffée d’oxygène

Au Venezuela, l’annonce du résultat des élections de mardi a été saluée tant par le pouvoir socialiste que par l’opposition, largement soutenue par l’administration Trump. «Je félicite le président élu Joe Biden et la vice-présidente, Kamala Harris, pour leur victoire. Le Venezuela […] sera toujours prêt au dialogue et à la bonne entente avec le peuple et le gouvernement des Etats-Unis», a tweeté le Président, Nicolás Maduro. Reste à savoir si Caracas renouera les relations diplomatiques avec Washington, rompues en 2019 après la reconnaissance de l’opposant Juan Guaidó comme président par intérim du Venezuela. Les sanctions décidées par les Etats-Unis, notamment dans le domaine pétrolier, ont fortement dégradé la déjà désastreuse situation économique du pays, et leur allègement serait une bouffée d’oxygène pour le régime bolivarien.

De son côté, Juan Guaidó a lui aussi félicité Joe Biden. «Nous travaillerons ensemble pour assurer le rétablissement de la démocratie, de la liberté et des droits humains pour le peuple du Venezuela», a-t-il affirmé. Mais la défaite de son allié risque de fragiliser encore davantage l’opposant, à un mois d’élections législatives qu’il appelle à boycotter.

Former Cuban President Raul Castro (L) and Cuban President Miguel Diaz-Canel (R) participate in a torch march to celebrate Cuban National Hero Jose Marti in Havana, on January 27, 2020. - Marti was born 167 years ago on January 28, 1853. (Photo by YAMIL LAGE / AFP)L’ancien président cubain Raúl Castro (à gauche) et l’actuel, Miguel Díaz-Canel, le 27 janvier à La Havane. Photo Yamil Lage. AFP.

A Cuba, le président, Miguel Diaz-Canel, a réagi sur Twitter : «Nous reconnaissons que […] le peuple des Etats-Unis a opté pour un nouveau cap. Nous croyons dans la possibilité d’une relation bilatérale constructive et respectueuse des différences.» Le mandat Trump n’a guère été favorable au régime communiste de La Havane. Il a logiquement court-circuité la politique d’ouverture lancée par Barack Obama, notamment dans le domaine du tourisme. L’an prochain, l’embargo économique imposé par Washington à La Havane, le plus long de l’histoire contemporaine, fêtera ses 60 ans. Pour le moment, rien n’indique que Joe Biden aura les moyens de mettre fin à ce reliquat de la guerre froide.

Ouragan meurtrier

Les dirigeants d’Amérique centrale ont salué la nouvelle brièvement, avant de parer à l’urgence : le passage catastrophique de l’ouragan Eta. Inondations et glissements de terrain ont provoqué dans la semaine plusieurs centaines de morts dans la région. Le Honduras et, dans une moindre mesure, le Guatemala et le Salvador, sont les principaux fournisseurs de candidats à l’immigration, dans les caravanes qui depuis deux ans cherchent à gagner les Etats-Unis. La réponse essentiellement répressive de Trump n’a pas dissuadé les marcheurs, l’administration Biden devra tenter une autre approche.

(L-R) Nicaragua's Vice-President Rosario Murillo, Nicaragua's President Daniel Ortega and Chief of the Nicaraguan Army General Julio Cesar Aviles Castillo attend a ceremony to mark the 41st anniversary of the Nicaraguan Army, in Managua, Nicaragua September 2, 2020. Picture taken September 2, 2020. Nicaragua's Presidency/Handout via REUTERS ATTENTION EDITORS - THIS IMAGE HAS BEEN SUPPLIED BY A THIRD PARTY. NO RESALES. NO ARCHIVESLe président du Nicaragua, Daniel Ortega, entouré de sa vice-présidente, Rosario Murillo, et du chef des armées, le général Julio César Avilés Castillo, le 2 septembre à Managua. Photo Reuters

Au Nicaragua, le couple présidentiel a félicité le nouvel élu lui souhaitant «confiance dans le Très-Haut, père de tous», un message pieux qui porte l’empreinte de Rosario Murillo, vice-présidente et épouse du chef de l’Etat Daniel Ortega. L’opposition au régime sandiniste se dit confiante que Biden poursuive les pressions pour le retour de la démocratie.

Au Mexique, le pays hispanophone le plus proche des Etats-Unis, le président Andrés Manuel López Obrador a estimé samedi qu’il était trop tôt pour féliciter Joe Biden : «Nous allons attendre que toutes les questions légales soient résolues. Nous ne voulons pas être imprudents.» Tout en précisant : «Nous n’avons aucun litige avec ni l’un ni l’autre des deux candidats.» Bien qu’étiqueté à gauche, Amlo s’est efforcé d’avoir des relations sereines avec Donald Trump, et d’oublier les arguments xénophobes sur lesquels il a été élu : le dénigrement des immigrants mexicains et la construction d’un mur étanche pour interdire tout passage clandestin. Il avait choqué l’opinion de son pays en rendant visite à son homologue à la Maison Blanche au mois d’août, alors que la campagne électorale était lancée. Il avait alors affirmé que Trump était «respectueux des Mexicains», une politesse diplomatique ressemblait fort à un soutien.

Le «Trump brésilien»

Brazil's President Jair Bolsonaro attends the inauguration ceremony of the Main Space Operations Center of the Geostationary Defense and Strategic Communications Satellite in Brasilia, Brazil June 23, 2020. REUTERS/Adriano MachadoLe président brésilien, Jair Bolsonaro, le 23 juin à Brasilia. Photo Adriano Machado. Reuters

Comme d’autres chefs d’Etat, l’Argentin Alberto Fernández suit les développements de l’élection étasunienne depuis La Paz, où il assiste ce dimanche à l’investiture du président bolivien, Luis Arce. L’arrivée d’un interlocuteur plus conciliant que Donald Trump est une bonne nouvelle pour la gauche latino-américaine, qui relève la tête après plusieurs revers électoraux. Le prochain test, l’an prochain, sera la présidentielle au Chili où gouverne la droite libérale. Pour le Brésil, il faudra attendre 2022. Jair Bolsonaro était d’ailleurs, dimanche soir (heure européenne), le dernier chef d’Etat latino-américain à ne pas avoir publié la moindre réaction sur l’élection aux Etats-Unis. C’est sans doute lui qui a le plus à perdre après la défaite de son modèle (on l’appelle souvent le «Trump brésilien»). Avec ses discours de déni de la pandémie, de mépris pour les Noirs, et son désintérêt des questions d’environnement, il va désormais se retrouver un peu plus seul.

François-Xavier Gomez

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