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Des Etats-Unis à l’Europe, la juteuse filière mexicaine d’import-export de la drogue

Notre voiture s’engage en silence dans une impasse du centre de Culiacan, capitale de l’Etat du Sinaloa et fief du cartel du même nom. Miguel – les prénoms ont été modifiés –, le cadre de l’organisation chargé de m’accompagner dans mes déplacements importants sur son « territoire », a obtenu l’accord de son chef pour que je puisse étudier les mécanismes économiques du trafic de cocaïne et de fentanyl, deux drogues encore plus rentables que les produits (héroïne, marijuana et crystal meth) que le cartel élabore lui-même au Mexique.

Au cœur de la ville, Miguel me conduit vers une maison banale. Une fois le moteur à l’arrêt, il baisse un peu la vitre fumée de sa portière. Durant plusieurs minutes, il écoute les bruits de la rue et observe dans le rétroviseur les rares allées et venues dans la pénombre. Il ne craint pas la police, massivement corrompue, mais un clan rival. Ce lieu a beau paraître anodin, c’est ici, et dans des dizaines d’autres habitations tout aussi ordinaires, que se joue une phase décisive du business de la cocaïne : le conditionnement.

Le portail s’ouvre sur une cour vide. Nous empruntons un escalier métallique en colimaçon puis un étroit couloir. Une forte odeur de produits chimiques nous prend à la gorge. Deux mètres plus loin, une pièce éclairée d’une lumière blanche : il n’y a aucun meuble, juste un ventilateur et des packs d’eau minérale. Des feuilles d’aluminium obstruent les fenêtres. Dans une autre pièce, sous un portait de la Vierge, deux hommes en combinaison blanche intégrale, capuche sur la tête et masque de chantier sur le visage, s’activent autour d’une table au plateau de marbre. Sur le lit, une machine de thermoscellage.

A une extrémité de la table sont empilées trois briquettes de plastique brun : des pains de 1 kg de cocaïne bien empaquetés. A l’autre extrémité, on peut apercevoir un four à micro-ondes, une paire de gants en caoutchouc et un talkie-walkie qui crache de brefs messages à intervalles réguliers. Au centre de la table, un sac en plastique rempli de poudre blanche, une balance de précision, trois boîtes de rouleaux de film alimentaire et de papier sulfurisé. Les deux « chimistes » sont penchés au-dessus d’une bassine bleue remplie de cocaïne.

Quatre minutes au micro-ondes

L’un d’eux s’interrompt pour m’accueillir. Au passage, il en profite pour sniffer un long trait de poudre blanche dans un deuxième sac, plus petit, aussitôt replacé au bord de la table, à portée de main. Ainsi « dopé » à la cocaïne pure, ce narco va se confier, sans retenue aucune, sur ce qui fait toute la rentabilité d’un tel business. Le cartel ne produit pas un gramme de cette drogue : il se la procure en Colombie. Sa seule action, sur le territoire mexicain, est de la conditionner selon les exigences de ses clients, puis de l’expédier vers des marchés étrangers. De l’import-export, en somme.

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