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« Dans l’espace, les Russes sont désormais capables d’agir sur tout le spectre de la conflictualité » – Le Monde

Le général Stéphane Mille, à Paris, en novembre 2021.

Le général Stéphane Mille a pris la tête de l’armée de l’air et de l’espace (AAE) en septembre 2021. Cet ancien pilote de chasse a précédemment participé au pilotage de l’opération « Barkhane » au Sahel, en 2016, et commandé le très stratégique centre de planification et de conduite des opérations de 2018 à 2020. Il revient sur la montée des tensions avec la Russie, tout en détaillant les enjeux et limites auxquels est confrontée l’armée de l’air.

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Vous avez pris vos fonctions il y a quatre mois, dans un contexte très mouvementé : quelques semaines avant de nouvelles tensions en Ukraine, deux mois avant un tir antisatellite russe, etc. Quel impact cela a-t-il sur vous ?

Le tir antisatellite russe de novembre, en particulier, est pour nous un vrai sujet de préoccupation. Il est très difficile de décrypter exactement ce qu’il s’est passé. Les tests russes de tir antisatellite ont débuté il y a plusieurs années, avec plusieurs échecs. Ce qui s’est produit peut être la suite normale de la conduite d’un programme. Le fait que cela soit tombé durant cette période est peut-être un hasard, mais pour les Russes, cela tombait bien. Avec ce tir, ils ont démontré qu’ils étaient désormais capables d’agir dans l’espace sur tout le spectre de la conflictualité.

Dans le stade de la « compétition » qui est devenu le stade « normal » des relations géostratégiques, les Russes ont des dispositifs de brouillage du signal GPS. Ce n’est pas un acte de guerre, mais c’est quelque chose qui gêne. Dans le stade de la « contestation », ils développent des outils comme l’aveuglement laser de satellite. On a vu cette méthode de contestation d’orbite à l’œuvre aussi avec leur satellite espion Luch Olymp qui se rapprochait d’autres satellites. Le tir antisatellite du mois de novembre est venu démontrer leur capacité à aller jusqu’à l’affrontement. Ils développent par ailleurs un missile qui permet de faire la même chose à partir d’un tir d’un avion, appelé « Berestnik ».

Comment, dans ce contexte, l’armée de l’air et de l’espace peut-elle se mettre en position de « gagner la guerre avant la guerre », selon la formule désormais consacrée du chef d’état-major des armées ?

Je suis en pleine rédaction de la déclinaison de cette vision stratégique [dévoilée en octobre 2021] pour l’AAE. Je pars du constat que les espaces aériens sont désormais de plus en plus contestés. Sur les dix dernières années, 98 avions de chasse ont été abattus ou détruits aux frontières de l’Europe : en Libye, au Levant, au Haut-Karabakh, en Ukraine, etc. C’est un phénomène qui réapparaît, surtout dans des conflits aux marges de l’Europe. De même, 25 avions de transport et de renseignement ont été détruits depuis dix ans, 63 hélicoptères et plus de 300 drones. Or si vous n’avez pas de supériorité aérienne, vous avez beaucoup plus de difficultés à imaginer un plan de campagne.

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