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Dans la capitale de l’Inde, la renaissance entravée d’Old Delhi – Le Monde

L’aube se lève sur Chandni Chowk. L’armée des sans-logis d’Old Delhi sommeille encore. Des grappes d’hommes emmitouflés dans des couvertures à même le sol, sous les arcades des immeubles, quelques familles avec de jeunes enfants, presque aucune femme. Bientôt, ces maigres silhouettes prendront le chemin de la gare toute proche pour rejoindre le bataillon des portefaix qui, du matin au soir, acheminent à main nue des tonnes de marchandises dans les milliers d’échoppes alentour. Ils sont reconnaissables au crochet qu’ils tiennent en main ; ils l’enfonceront dans leurs fardeaux pour les stabiliser sur une épaule ou sur la tête.

Jitin émerge de sa nuit. Voilà vingt-cinq ans que ce conducteur de cyclo-pousse, originaire du Jharkhand, à l’est de l’Inde, vit sur le trottoir de Chandni Chowk Road, été comme hiver. Et il n’a pas l’intention de le quitter. « Je n’ai pas assez d’argent pour m’offrir un asile de nuit. Je gagne entre 200 et 400 roupies (2 et 4 euros environ) par jour. Je dois payer la location de mon cycle, 60 roupies (70 centimes d’euro), et garder de l’argent pour ma famille, à laquelle je rends visite tous les six mois. » Parfois, quand son corps est trop douloureux, Jitin s’offre un peu d’alcool. Où irait-il ? Ici, deux fois par jour, de riches hommes d’affaires ou des associations caritatives distribuent des repas gratuits et il peut se laver devant le temple hindou.

Il y a quelques mois encore, s’y bousculaient autos, rickshaws motorisés ou à pédales, charrettes, passants, porteurs, colporteurs, mendiants, estropiés, animaux, cuisiniers de rue…

Un voisin, Kapil, acquiesce. Entouré de sa mère, de sa tante et de gros sacs, ce journalier est ici le temps de la saison des mariages. Il travaille à monter les tentes pour les cérémonies. Quel âge a-t-il ? Il demande à sa mère. « 40 ans. » « Ma famille est originaire de Ghaziabad, dans l’Uttar Pradesh, pas très loin d’ici. Nous avons perdu notre maison. Là-bas, nous sommes obligés de louer. » Tous les midis, ils rejoignent le Gurudwara Sis Ganj Sahib, le temple sikh, dont les cuisines préparent des centaines de repas gratuits, une tradition. Jitin, comme Kapil, assurent que l’environnement est meilleur depuis la disparition des voitures.

Il y a quelques mois encore, Chandni Chowk ne ressemblait plus à rien, ou, plutôt, à un gigantesque capharnaüm congestionné du matin au soir, débordant de vie : s’y bousculaient autos, rickshaws motorisés ou à pédales, charrettes, passants, porteurs, colporteurs, mendiants, estropiés, animaux, cuisiniers de rue… Chandni Chowk, le cœur battant d’Old Delhi, la partie la plus ancienne de la capitale indienne, était devenu le symbole du chaos urbain, généré par son extrême compétition pour l’espace et son exceptionnelle densité. Ces dernières années, même les touristes en quête de sensations fortes et d’une plongée dans l’Inde d’antan finissaient par reculer.

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