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Cinéma : MC Godard – Les Échos

Publié le 8 déc. 2020 à 17:15Mis à jour le 8 déc. 2020 à 20:24

En 1988, Jean-Luc Godard entame un gigantesque long-métrage qui racontera une histoire, ou des histoires, du cinéma. À sa table de montage, le cinéaste suisse assemble bouts de films, photos, tableaux, textes… Démiurge et Dédale, il bâtit, plan par plan, un labyrinthe où le cinéma non seulement s’inscrit dans l’histoire de l’art mais en devient l’aboutissement. Le metteur en scène du « Mépris » va consacrer une décennie à sa cathédrale. Le film s’accompagnera d’un livre (éd. Gallimard) et donc de ces CD. Bien entendu, cette bande-son n’est pas un objet en soi. Il convient d’avoir vu « Histoire(s) du cinéma » avant de l’écouter. Au casque, les yeux clos, l’expérience auditive ravive des souvenirs de spectateurs. Nous voilà plongés dans un océan de voix, on reconnaît Juliette Binoche et Julie Delpy, André Malraux et Alfred Hitchcock, auxquelles se mêlent les courants puissants de Stravinsky, Bach ou Coltrane. Godard lui-même tresse tous ces extraits de son timbre métallique nappé de nicotine.

Raccord Cocciante

Erudits, drôles, mystérieux, ces noeuds de sons et musique dessinent une tapisserie d’idées et sensations. Certains instants prennent tout leur sens sous ce curieux format aveugle. Ainsi, lorsque Godard s’interroge : comment le cinéma italien a-t-il pu prendre une telle dimension dans l’après-guerre « puisque tous, de Rossellini à Visconti, d’Antonioni à Fellini, n’enregistraient pas le son avec les images ? Une seule réponse, la langue d’Ovide et Virgile, de Dante et de Leopardi était passée dans les images. » Monte alors une chanson de Richard Cocciante, ode à l’italien, « Langue des osterie, du vin et des putains, langue qui projette à travers le monde, le grand cinéma italien. »

Stupéfiant « raccord Cocciante » qui nous rappelle que l’évolution de la musique annonce toujours celle du cinéma. Lorsque Godard entame son travail, les musiciens pratiquent le « sample » depuis longtemps. Deux ans auparavant, les Run DMC ont par exemple sculpté le puissant « Walk this Way » en calquant leur « flow » sur un vieil accord électrique d’Aerosmith. En écoutant ces « Histoire(s) », on se souvient que leur production est contemporaine de l’album du Wu-Tang Clan « Enter the Wu-Tang (36 Chambers) », clé de voûte de l’histoire du hip-hop où des pans de soul s’entrechoquent avec des extraits de films de kung-fu. Godard ne travaillait pas autrement qu’un rappeur. Parvenu au bout du XXIe siècle, le génial JLG devenait un MC !

Histoire(s) du cinéma

COFFRET

Boite de 5 CD et livrets, éditions ECM, Environ 100 euros.

Egalement disponibles : la bande-son de « Nouvelle Vague » (2 CD), 28 euros. « De l’origine du XXIe siècle », « The Old Place », « Liberté et Patrie, « Je vous salue, Sarajevo ». Quatre courts-métrages en DVD accompagnés d’un livre. 33,90 euros.

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