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« Blier, Leconte, Tavernier : trois vies de cinéma » : trois réalisateurs animés par la même passion créatrice – Le Monde

Les réalisateurs Bertrand Tavernier, Bertrand Blier et Patrice Leconte dans « Blier, Leconte, Tavernier : trois vies de cinéma » (2019), de Chad Chenouga.

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Le titre du triptyque documentaire réalisé par Chad Chenouga, Blier, Leconte, Tavernier : trois vies de cinéma, pourrait laisser croire qu’il s’agit d’une succession de tête-à-tête avec trois cinéastes contemporains marquants, dont les premiers succès sortent à la même époque : L’Horloger de Saint-Paul (1974), de Bertrand Tavernier (né en 1941), Les Valseuses (1974), de Bertrand Blier (né en 1939), et Les Bronzés (1978), de Patrice Leconte (né en 1947).

Le propos est autrement passionnant : deux des trois épisodes laissent – sans intervention du réalisateur – les trois hommes, qui se connaissent en n’étant « ni amis ni ennemis », dira Chenouga, converser librement avec pour seule figure imposée le commentaire de citations de cinéastes célèbres (de Woody Allen à Ingmar Bergman, en passant par Maurice Pialat, Alfred Hitchcock, etc.).

Si une phrase de Jane Campion (« Tourner des films me donne le sentiment d’être vivante, d’explorer ma liberté… ») les enchante, la remarque déplaisante de Maurice Pialat (« Un acteur, on peut lui faire faire n’importe quoi, alors, automatiquement, on a une idée de mépris… ») conduit à une séquence de laquelle, en dépit de l’admiration que les trois « colloquants » lui vouent, le cinéaste atrabilaire ne sort pas grandi…

Lire notre entretien avec Bertrand Tavernier en 2008 : « Chaque film était une bataille »

L’ensemble du propos, ponctué d’extraits de films, est plaisant, souvent drôle, et extrêmement instructif : les anecdotes – et les citations extraites de la mémoire d’éléphant de l’encyclopédiste du cinéma qu’est Tavernier – abondent. Mais place est faite aussi à d’éclairants propos personnels, parfois intimes, sur la mystérieuse et angoissante mécanique qui est celle d’un film en train de se faire ou, au contraire, sur les petits miracles que sont certains tournages.

Francs cinéphiles

Des trois, Blier est le plus vache ; Leconte est franc mais toujours finement urbain (il joue même parfois le rôle d’animateur pour relancer Blier, plutôt taiseux) ; Tavernier se félicite, à l’instar d’Eric Rohmer et d’Alain Resnais, de ne pas être désobligeant envers ses confrères. Ce qui ne l’empêchera pas, autant que Blier et Leconte, d’évoquer en toute franchise ses rapports conflictuels, rares mais mémorables, avec certains acteurs.

Le deuxième volet de Trois vies de cinéma se tient en face à face, entre Chad Chenouga et, alternativement, Blier, Leconte et Tavernier. Invités à parler du travail de leurs deux collègues, seuls Leconte et Tavernier expriment leur admiration de manière sensible, sincère et argumentée en cinéphiles qu’ils sont.

Pour sa part, Blier dit du bout des lèvres ce qu’il pense de ses deux confrères – à vrai dire un peu trop chichement pour éviter d’être inconvenant. Pudeur ? Refus d’un exercice qui peut s’apparenter à un cirage de pompes ? Tout cela conforte en tout cas l’image de grincheux qu’il donne trop volontiers de lui-même.

Blier, Leconte, Tavernier : trois vies de cinéma, de Chad Chenouga. Avec Bertrand Blier, Patrice Leconte, Bertrand Tavernier (Fr., 2019, 3 × 57-78 min).

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