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Benjamin Millepied : « La danse fut un instinct de survie »

Et si Roméo et Juliette étaient interprétés par deux hommes ? Ou par deux femmes ? Et si Carmen, la délurée, n’était pas punie pour sa liberté sexuelle et ne mourait pas ? Le danseur-chorégraphe Benjamin Millepied, 45 ans, revisite les classiques du répertoire pour mieux s’interroger sur la société actuelle. C’est le rôle de l’artiste, assure la star, exilée depuis 1993 aux Etats-Unis, mais heureuse de revenir en France après son passage éclair à la direction de la danse de l’Opéra de Paris, entre 2014 et 2016, pour proposer sa version de Roméo et Juliette, à La Seine musicale, à Paris. Sa compagnie, L.A. Dance Project, installée à Los Angeles, se produira également au Chatelet en octobre, et il remontera lui-même sur la scène du Théâtre des Champs-Elysées, en 2023. Retour sur l’itinéraire d’un artiste mondialement connu qui a vécu le rêve américain.

Je ne serais pas arrivé là si…

… Si je n’avais pas perçu, tout petit, que la musique et la danse me faisaient du bien, qu’elles me procuraient des sensations intenses et me permettaient d’exprimer le flot d’émotions qui me submergeaient. L’environnement familial était compliqué et je comprends aujourd’hui que ce fut une réponse inconsciente, un instinct de survie, presque une thérapie. Je restais seul dans ma chambre, je mettais très fort de la musique, et je dansais, je dansais…

Tout s’est donc noué très tôt : la passion de la musique, l’allégresse du mouvement ?

Oui. Tout est parti de la petite enfance. Je n’ai pas très envie de parler de mes parents, qui ont divorcé quand j’avais 9 ans, mais je sais que la musique m’a porté et que j’ai trouvé force et bien-être à travers le mouvement. Et puis, l’envie de partir, le désir de m’envoler ! A compter du moment où je suis tombé amoureux de la danse, où j’ai vu à la télévision des comédies musicales, découvert Gene Kelly, Fred Astaire et puis Barychnikov, ma star absolue, j’ai commencé à rêver, à me projeter dans une carrière, et plus rien ne pouvait m’arrêter.

Donnez-nous quelques indices sur l’environnement de ces premières années…

La musique y était omniprésente. Classique, jazz, flamenco, chanson française. Chopin et Miles Davis, Léo Ferré et Barbara. Flûte, guitare, piano. Et percussions africaines ! Je suis né à Bordeaux, mais j’ai ensuite passé quatre ans au Sénégal, où mon père, champion de décathlon, était entraîneur et ma mère, professeure de danse moderne. Notre voisin à Dakar s’appelait Doudou N’Diaye Rose, descendant d’une famille de griots et grand maître des tambours. Il animait les nuits chaudes du quartier et l’un de ses fils accompagnait au tam-tam les cours de maman où était posé mon couffin. La musique envahissait la tête, le cœur, le corps. Danser m’a toujours semblé si naturel ! De retour en France, ma mère a ouvert une nouvelle école de danse à la maison. J’étais de tous ses spectacles, et j’avais le studio pour moi tout seul, le matin avant l’école ou en fin de soirée. Je dansais tout le temps.

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