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« Barre-toi ! », la pièce de théâtre inspirée d’un plan social – CFTC

2 août 2022 | Social

Il y a 14 ans, les salariés de la Barre Thomas subissaient un plan social particulièrement brutal. De ce drame est née une pièce de théâtre, actuellement jouée en Bretagne. François Macquaire, à la fois témoin et acteur de l’histoire, nous raconte…

« Barre-toi ! », la pièce de théâtre inspirée d’un plan social

En 1953, Citroën construit sa première usine hors d’Ile-de-France, à côté de Rennes. La Barre Thomas est née. Un demi-siècle plus tard, le site fabrique des pièces en caoutchouc pour l’automobile. Son propriétaire, le fonds de pension américain Silver Point, jugeant l’activité insuffisante, met en œuvre un plan de licenciement entre 2007 et 2008. Cela, en dépit de l’avis défavorable du comité d’entreprise (CE) et de l’absence d’accord avec les syndicats.

La situation est kafkaïenne. On vient chercher des salariés sur leur poste de travail pour leur expliquer qu’ils seront peut-être licenciés. Dispensés d’activité, ils doivent quitter les lieux sur le champ. Ils attendent ensuite une hypothétique convocation à un entretien préalable à licenciement, tout en percevant leur salaire. « Les gens comprennent que s’ils sont dispensés d’activité, ils sont licenciés, raconte François Macquaire, juriste à l’Union départementale CFTC d’Ille-et-Vilaine (UD 35).

À la fin de la semaine, quasiment 130 personnes sur environ 500 sont sorties de l’usine. C’est extrêmement violent. Et puis la CFTC est ciblée, parce qu’elle est le syndicat majoritaire et que des militants se battent pour les salariés.

En particulier Dominique Huet, délégué syndical, Jean-Luc Beaulieu, membre du CE, et Denis Jacq, qui anime une section CFTC de 15 à 20 militants. Très vite, ils protestent contre les méthodes de l’employeur. Et refusent de suivre leur manager lorsque celui-ci vient les chercher pour leur signifier leur dispense d’activité. Ils s’adressent à l’UD 35, et rencontrent François Macquaire.

On s’aperçoit que c’est un plan social au rabais, se souvient-il. Il n’y a pas d’argent, pas de mesure de reclassement ni de formation, et les critères légaux de licenciement ne sont pas pris en compte.

La CFTC saisit le tribunal de grande instance de Rennes, qui annule le plan social le 12 février 2009[1] pour violation de l’obligation de reclassement et non-respect des critères d’ordre (charge familiale, handicap, âge, ancienneté et polyvalence). L’employeur n’a alors d’autre choix que de négocier avec les syndicats et mettre en œuvre un véritable plan social, avec un budget de 4,3 millions d’euros. Au total, 208 salariés quittent l’entreprise, mais « ils sont partis avec un montant digne, entre 10.000 et 40.000 euros », se félicite François Macquaire. L’entreprise déménagera par la suite à Vitré, à côté de Rennes.

Barre-toi !

Parallèlement, les médias couvrent l’affaire. Et une interview de Thierry Nicol, membre CFTC du CE, diffusée par M6, attire l’attention de la mairie de Rennes. François Macquaire raconte : « ils nous contactent pour nous dire : ce n’est pas possible que ça arrive sur notre territoire, venez nous voir ». Sur place, on leur dit : « il faut que vous écriviez cette histoire ». C’est ainsi que naît l’idée de publier un livre de témoignages, avec une aide financière de la mairie de Rennes. Jean-Luc Beaulieu, Dominique Huet, Denis Jacq et François Macquaire contactent d’anciens salariés et 13 personnes acceptent qu’ils enregistrent leurs témoignages.

« C’était assez bouleversant, confie François Macquaire, certains étaient dans l’entreprise depuis très longtemps, pour eux c’était tout un pan de leur vie qui s’arrêtait. » Bien que l’écoute de l’autre fasse partie de son métier, il évoque des moments humainement très intenses :

j’entrais vraiment dans l’intimité des gens, ils ont été très reconnaissants, on ne s’imagine pas ce qu’on peut apporter aux autres dans l’écoute.

Les quatre coauteurs rédigent les textes et les structurent en trois parties : avant, pendant et après. Edmond Hervé[2] écrit la préface et Jacques Le Goff[3] la postface. Un titre est choisi : Barre-toi ! Le livre est publié fin 2009[4].

Sur scène

François Macquaire en offre quelques exemplaires autour de lui, notamment à David Cabon, le metteur en scène de la troupe de théâtre amateur dont il fait partie, Le 4e Écho. Ce dernier forme le projet, neuf ans plus tard, de l’adapter au théâtre, et met deux ans à écrire la pièce. La première représentation, initialement programmée au début du premier confinement, est repoussée au 30 avril 2022, à Rennes, après une lecture publique le 9 avril. À l’issue, Jean-Luc Beaulieu et Denis Jacques sont invités à un temps d’échange avec le public.

« Monter une pièce à partir de témoignages ne me semblait pas viable », confie François Macquaire. Pourtant, il le reconnaît aujourd’hui, « David Cabon a réinventé le livre en mettant en scène une succession de tranches de vie. » Parmi elles, une réunion du CE, « où l’on voit bien que les gens ne se laisseront pas faire ». Mettre en scène la force du collectif : c’est le parti pris de David Cabon.

Il a réussi à montrer que le groupe permet vraiment quelque chose

explique François Macquaire : souder les gens, faire front ensemble, et rester humain. Les liens se nouent au café, autour d’une table, pendant des réunions… Dans ces moments, “les gens ont trouvé de l’apaisement grâce au groupe”. La pièce alterne scènes chargées en émotions et moments de respirations, comme la projection de l’interview de Thierry Nicol sur M6. « Il y a également de la musique et des chansons, ajoute François Macquaire, ça permet d’alléger le propos, mais aussi d’expliquer. »

Sept comédiens interprètent la pièce, quatre femmes et trois hommes, dont François Macquaire. Le public vient nombreux. Grâce au bouche-à-oreille, mais aussi à la presse régionale et locale, et même une station de radio, qui en ont fait un évènement important. Preuve qu’en Ille-et-Vilaine, le drame des salariés de la Barre Thomas a durablement marqué les esprits.

Laurent Barberon

[1] Décision confirmée en appel le 24 septembre 2009.

[2] Maire de Rennes de 1977 à 2008 et sénateur d’Ille-et-Vilaine de 2008 à 2014.

[3] Professeur à la faculté de droit de Brest.

[4] Lire La Vie à défendre n° 166 (nov. – déc. 2010, p. 42).

Les représentations

– 25 novembre : l’ADEC (Rennes)

– 10 décembre : le Pôle Sud (Chartres de Bretagne)

– 7 janvier : à l’Éclat (Thorigne Fouillard)

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