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Au Théâtre de la Ville, Alice traverse le miroir virtuel

Comme si nous étions, ou presque. D’un côté de l’écran, un public qui s’installe confortablement et attend le lever du rideau. De l’autre, des artistes qui ajustent leurs costumes, se remémorent leur texte et affûtent leur concentration, comme avant toute entrée en scène. Entre eux, la rencontre ne se fera que par le mystère impénétrable des connexions numériques mais qu’importe, l’essentiel n’est-il pas de vibrer ensemble dans un temps commun qui abolit la distance ?

C’est le sens de ces directs régulièrement proposés par le Théâtre de la Ville en cette période de fermeture au public des lieux culturels. Ces jours-ci, deux spectacles sont à l’affiche. À voir en famille : Alice traverse le miroir, une suite loufoque aux aventures de l’héroïne de Lewis Carroll, écrite par Fabrice Melquiot et mise en scène par Emmanuel Demarcy-Mota en 2020. Ce conte théâtral fait suite au spectacle du même tandem, Alice et autres merveilles, créé en 2018, également repris dans cette série.

Jeux avec le réel

Porté par une langue qui jongle allègrement entre l’anglais et le français, ce nouveau spectacle replonge Alice dans un imaginaire luxuriant où les fleurs philosophent et le destin se joue comme une partie d’échec. La mise en scène manie avec une malice efficace les palettes technologiques – le son, la vidéo – qui démultiplient les dimensions du réel. L’écran, par lequel est donné à voir le spectacle, ajoute un philtre supplémentaire à cette superposition de niveaux de réalités.

La captation en direct, par le biais de plusieurs caméras, permet d’appréhender la pièce dans son esthétique globale – les effets vidéos notamment et surtout, l’enchantement des costumes – mais aussi, par les gros plans, de connaître une forme d’intimité avec le jeu des acteurs. Si l’on perd parfois le fil des pérégrinations d’Alice – pétillante Isis Ravel – aux confins des paradoxes, l’on s’amuse de ses rencontres inopinées, avec une certaine Zazie, exploratrice du métro, ou encore Dorothy, échappée d’un autre conte, le magicien d’Oz.

Cette semaine, le Théâtre de la Ville propose au public de découvrir un autre univers, un monde en soi : celui du chorégraphe israélien Hofesh Schechter. Avec Political Mother unplugged, il déploie une danse à l’ardeur spectaculaire, une vague interrompue qui puise la force de son mouvement au plus près d’une énergie terrestre. Cette puissance radicale et singulière parviendra-t-elle à traverser les cristaux des écrans ? Une expérience à tenter.

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