in

Alison Lurie, ou la satire des moeurs sociales et sexuelles de l’Amérique

Traduite en France chez Rivages, la romancière Alison Lurie est décédée à l’âge de 94 ans. Elle avait remporté le prix Pulitzer en 1985 pour son livre Foreign Affairs (Liaisons étrangères, trad. Sophie Mayoux), une histoire à l’image de son œuvre : des contes tout à la fois satiriques, cérébraux et baignant dans une ambiance de comédie romantique.

Le New York Times la considère comme l’une des romancières les plus douées et les plus spirituelles. Ses comédies de mœurs ont croqué l’Amérique à partir de 1974, publication de The War Between the Tates. Elle aura fait paraître 11 ouvrages durant sa carrière, ayant commencé sa carrière, expliquait-elle, avec dans l’idée d’amuser ses lecteurs.

« Inventer des histoires était amusant. Avec un crayon et du papier, je pouvais reviser le monde. Je déplaçais des montagnes, je volais au-dessus de Westchester de nuit dans un panier à vêtement ailé… je pouvais invoquer un dragon laitier à taches brunes et blanches, pour manger la voisine qui avait dit, à ma sœur et moi, de ne pas traverser son champ ni déranger ses vaches », raconta-t-elle.

Elle fut souvent rapprochée de Jane Austen, avec un bon siècle de différence, dans son approche critique : le mariage, la société, la révolte des enfants… Elle reconnaissait que ses parents, libéraux et socialistes, lui avaient donné accès à ses ouvrages, ainsi qu’à nombre d’autres d’auteurs britanniques. Et ce, parce qu’il n’existait pas beaucoup de modèles de romancières américaines, avait-elle raconté en 1985.
Probablement faut-il chercher là le succès qu’elle rencontra également en Grande-Bretagne. Elle revendiquait d’ailleurs, outre Jane Austen, Edith Wharton et Anthony Powell comme des influences directes sur son écriture.

Elle ira jusqu’à interpréter la guerre du Vietnam comme une métaphore de la crise conjugale. Peut-être parce que son propre mari tenta de la dissuader d’abandonner l’idée d’une carrière d’auteure, pour profiter du temps avec sa propre famille.

Jonathan Bishop, fils du poète John Bishop Peale, fera long feu : mariée en 1948, Alison Lurie divorce quelques années plus tard, peu après la parution de The War Between the Tates. Elle se remaria avec Edward Hower, auteur et professeur de littérature à Cornell, plus raccord avec ses propres ambitions.

Alison Lurie rejeta toujours l’idée d’une inspiration autobiographique dans ses livres, revendiquant à la place la retranscription de l’expérience qu’elle faisait des autres, des lieux et des situations… ou du malheur dans le mariage.

Son style est particulièrement apprécié pour la qualité des dialogues, où le langage reflète parfaitement ses protagonistes, leurs pensées, leur appartenance ou leur métier. Et souvent le tout ensemble.

Bien qu’elle n’ait jamais pris une position morale, ses ouvrages sont loin d’être moralement neutres : ils présentent un bilan mordant des mœurs tant sociales que sexuelles de l’Amérique dans les années 60, explorant plusieurs pans de la société.

What do you think?

2730 points
Upvote Downvote

Comments

Laisser un commentaire

Loading…

0

Eastman: le Théâtre La Marjolaine récompensé pour avoir fait rayonner le français

Adversaires depuis leurs débuts au volleyball, et grands rivaux au cours des quatre dernières années dans la bataille

Volleyball: Rémi Cadoret et Gabriel Chancy, de grands rivaux à coéquipiers