Teatro Sunil à Moscou

Posted by on juil 22nd, 2009 and filed under Théâtre. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

A l’occasion du Festival international de théâtre Tchekhov, à , c’est produit Daniele Finzi Pasca dans sa propre pièce: «Icaro» . Daniele Finzi Pasca est auteur, metteur en scène, corégraphe, , fondateur du « Sunil» de . En 2006, il était lauréat du Prix Swissaward dans la catégorie «  ». La même année, il rédigeait et mettait en scène la cérémonie de clôture des Jeux Olympiques de Turin. Depuis plusieurs années, il collabore de manière étroite avec le cirque «Eloize» du Québec. Ses créations l’ont mené dans plus de vingt pays.

Entrée des derniers spectateurs au son de la cloche. Fermeture imminente des portes. Sur la scène, Daniele Finzi Pasca et sa traductrice. Il explique. avait une tradition. Lorsqu’un citoyen décidait de ne pas servir dans l’armée, on lui offrait des vacances. Des vacances dans un grand bâtiment. Chambre double. Pour palier l’, pour s’évader, il s’est mis à raconter des histoires. Icaro est né.

Daniele Finzi Pasca et sa traductrice.

A sa sortie, on lui propose de se produire dans un festival. La pièce avait été imaginée pour un seul spectateur, ce qui, dans un festival, ne représente que six spectateurs sur la semaine… Forcé de faire une , sans pour autant renier l’esprit de la pièce, il organise un remue-méninges chez Sunil. La première idée, la sienne, construire la chambre sur la scène, y percer des trous, et que les spectateurs, voyeurs, viennent guigner. La seconde est celle que nous allons voir.

Une heure et demi d’instants poignants, de rires et de gorges qui se serrent, rappel que l’on visite, des moments que l’on a tous vécus. Instants de magie, public sous tension. Daniele Finzi Pasca nous ravit dans le monde de son personnage, ce patient clownesque, dans une interprétation de l’univers hospitalier et de ses nécessités. Fuites salutaires et génératrices de rêves grandioses. Quelle énergie! Quelle tendresse! Certains sortiront en ayant adoré, d’autres auront détesté, nul ne restera indifférent.

Interview de Daniele Finzi Pasca

- Quelle est votre relation avec la Russie, Moscou, et le Festival Tchekhov?

- C’est strictement une relation d’amour. Ca a commencé il y a trois ans lorsque je suis arrivé pour présenter «Rain», une production du cirque «Eloize». Ca continue avec «Nebbia» en coproduction avec «Eloize» et «Icaro» cette année. Cette une relation surtout avec Valéry Chadrine (producteur, président de la confédération de l’union des théâtres: NDLR) et toute sa compagnie, avec laquelle il y a comme une relation d’empathie. Nous sommes très proches. On a comme quelque chose qui nous rassemble.

- Peut-on considérer «Icaro» comme le manifeste d’un nouveau théâtre, d’une interprétation, qui vous sont propres?

- Quelque part, oui. Le fait de jouer avec un spectateur, de jouer d’une certaine manière, d’établir une esthétique, une forme pour raconter des histoires, je crois que dans Icaro sont apparus , quand je l’ai écrit, il y a presque vingt ans, et interprété pour la première fois, comme la représentation de certaines choses que l’on se disait avec Maria Bonzanigo. Donc oui, Icaro, c’est à fois l’envie de raconter un certain type d’histoire, l’envie de toucher à une certaine forme, et la représentation d’une idée, une manière d’envisager le théâtre.

- Selon vous, Daniele Finzi Pasca, qu’est-ce qu’un clown, et ses principales qualités?

- Un clown c’est quelqu’un qui raconte l’histoire de certains perdants, dans un monde, où l’on parle et l’on voit beaucoup de héros qui gagnent tout le temps, le clown donne voix à ceux qui perdent, mais qui parfois, une fois par semaine gagnent quelque chose, une petite bataille, c’est dans mon cas une espèce de petit naïf philosophe.

- A l’origine d’»Icaro» votre objection de conscience. Un bref séjour en prison. Qu’elles en étaient les raisons?

- J’ai objecté parce que je venais de rentrer de Calcutta, où j’ai travaillé, et me disais que c’était mieux d’utiliser les énergies comme la mienne, et comme celles d’ailleurs de beaucoup de jeunes, pour faire quelque chose qui soit plus conforme à nos visions de la vie, à nos idéaux. On a fait quelques petites batailles, et maintenant nous avons le service civil, je trouve que c’est la solution parfaite pour une société comme la nôtre.

- Quels parallèles entre la prison et l’hôpital psychiatrique, au delà des barreaux?

- En ce qui concerne «Icaro», ce qui a modifier et permis la construction d’ «Icaro» dans une prison , c’est simplement que j’avais du temps. Du temps pour réfléchir, pour penser quelque chose ayant trait à la nécessité de s’enfuir. Mais ce n’est pas vraiment un hôpital psychiatrique. Ce sont des malades. Lorsque quelqu’un développe sa fantasmagorie, pour lutter, la tentation de l’appelé fou est grande, alors que pour moi, il s’agit avant tout d’un enthousiaste. Les sources d’inspiration, sont une personne qui avait le SIDA, c’était les débuts de la pandémie, quant à l’autre, un homme victime d’un accident.

- Après tant de représentations, quelle évolution, quels changements dans la motivation, dans le spectacle, et votre approche de l’histoire?

- Je retourne à la maison chaque fois que je le fais. Je crois que j’en ai fait plus de six cent. Et à chaque fois, surtout maintenant que je m’occupe de gros et grands projet, retourner à la simplicité de cette histoire me fait énormément de bien. En tant qu’acteur, ça m’oblige à atterrir, à avoir peur, faire un effort. C’est un spectacle qui quelque part me demande beaucoup.

- Est-ce que vous percevez des réactions différentes selon les publics?

- Ohh oui! ici, en Russie, il y a un silence, une attention, une tension, les gens semblent focalisés sur chaque détails. En Amérique latine, on a l’impression d’être dans un stade avec «Icaro», les réactions sont très explosives.

- Le clown a-t-il un poids politique, une responsabilité? Je pense notamment aux armées de clowns.

- Je crois que oui. Chaque artiste, chaque individu, chaque personne qui a une histoire à raconter, qui se sent individu devient une force politiquement valable. Une force sensible. Il faut revendiquer l’Un. J’espère que cette armée de clown soit constituée d’impossibles et insupportables individus, mais surtout de manière anarchique.

-Turin, le Cirque du Soleil, Nebbia, il semble que, loin des clichés, vous viviez une vie de manager plus que d’artiste…

- Je travaille pour de grandes compagnies, mais ma vie demeure telle qu’elle était. Grand ou petit spectacle, c’est toujours un défi que je décide de relever. A chaque fois c’est une découverte, j’apprends beaucoup. Ce n’est pas du management, c’est plutôt le plaisir et la chance de découvrir et connaître des gens à chaque fois extraordinaires.

- Des projets?

- Oui! Le prochain, c’est d’écrire le spectacle d’ouverture du prochain Tchekhov Festival de Moscou pour le 150e de la naissance de Tchekhov. Ca va être toute une aventure.

- Quid de la Suisse?

- Je suis toujours, ou souvent, ou pas très souvent, au Tessin. Et je pense que pour le prochain spectacle (Tchekhov), ça se fera avec la participation de la Suisse, et que ça tournera beaucoup en Suisse.

Moscou, Russie.
Propos recueillis par Ugo Pfenninger.

Liens:
teatrosunil.com

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