Championnat de France à Saint-Brieuc. A domicile, devant un public acquis à sa cause, l’équipe Bretagne-Schuller a conquis le maillot bleu-blanc-rouge grâce à Dimitri Champion.
Le rêve est devenu réalité. Née il y a cinq ans avec le soutien de la Région Bretagne – une exception dans le peloton professionnel français – l’équipe Bretagne-Schuller a remporté le titre de champion de France sur route, hier, par l’intermédiaire de Dimitri Champion, qui porte bien son nom. Et pas n’importe où. Sur ses terres, à Saint-Brieuc, à quelques kilomètres de son siège social, devant un public acquis à sa cause. « C’est un truc qu’on ne va sûrement jamais revivre, s’exclamait après l’arrivée le Finistérien Jean-Marc Bideau, artisan de cette victoire. C’est notre Coupe de monde 1998 à nous ! »
Ce sacre à domicile, beaucoup de Bretons l’avaient rêvé, à commencer par le manager Joël Blévin. « Au début de saison, on m’a pris pour un prétentieux quand j’ai déclaré qu’on visait un maillot bleu-blanc-rouge à Saint-Brieuc. » En tendant la main à Dimitri Champion, cet hiver, il savait que la chose était possible. Mais plutôt dans le contre-la-montre que sur la route. Septième du chrono jeudi, l’ancien coureur de Bouygues Telecom a fait plus qu’atténuer sa déception, en revêtant le maillot bleu-blanc-rouge. « C’est l’un des plus beaux jours de ma vie, avouait Blévin avant d’être emporté par l’émotion au moment de La Marseillaise. Gagner en Bretagne, qui plus est chez moi, dans les Côtes-d’Armor, c’est fabuleux. C’est la récompense du travail, de tout ce qu’on a mis en place. Je ne trouve pas mes mots… »
La joie, l’émotion, Philippe Dalibard, le directeur sportif de l’équipe, avait, lui aussi, du mal à les contenir en repassant le film de cette folle journée. Mais aussi de ces quinze années passées maintenant à la tête d’une équipe née en 1994 de la volonté de Jean Floc’h, industriel breton disparu il y a trois ans. « Quand Dimitri a passé la ligne, j’ai regardé le ciel… S’il n’y avait pas eu ce grand monsieur, je ne sais pas si on en serait là aujourd’hui. »
Le sacrifice de Bideau
En tout cas, comme dans un rêve, tout ce qui avait été imaginé est arrivé. « Tout a fonctionné comme prévu au briefing, rapportait Bideau. Le genre de truc qui n’arrive presque jamais ! » Pour Bretagne-Schuller, la tactique très était simple. Petite équipe, elle n’avait pas de problème de riches. Celui de posséder dans ses rangs plusieurs champions de France potentiels. Pour gagner, elle ne pouvait compter que sur un seul homme. C’est ce que Philippe Dalibard avait rappelé à ses hommes au moment du briefing. « J’ai dit aux gars : Aujourd’hui, vous n’avez pas le droit de rêver. C’est un parcours exigeant, avec 250 bornes. Dans le final, il n’y en aura qu’un qui pourra jouer la gagne : Dimitri. Vous avez la possibilité de prendre le coup du départ, afin de montrer le maillot, « croquer » un peu de télé. Ensuite, le moindre trou à boucher, ne serait-ce que de dix mètres, il ne faudra pas avoir d’arrière-pensées. Il faudra le faire pour Dimitri. »
Celui qui aura symbolisé au mieux ce sens du dévouement est incontestablement Jean-Marc Bideau. Présent dans le final au côté de son leader, le Finistérien s’est sacrifié sur les ordres de son DS pour rouler derrière les deux échappés, Riblon et Levarlert. « Dimitri, c’est un coureur et un mec en or, rapportait le Quimperlois. C’est pour ça que je ne me suis pas posé de question quand Philippe Dalibard m’a demandé de rouler. J’ai tout donné. »
En attaquant dans la dernière bosse, pour concrétiser en solitaire, Dimitri Champion l’a remercié, de la plus belle des façons. Lui, ses coéquipiers, les dirigeants de Bretagne-Schuller, et tout le peuple breton.
Gérard GOURMELON.
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