PORT-AU-PRINCE (Reuters) – Le président haïtien René Préval a dit redouter la mort de dizaines de milliers de personnes dans le séisme qui a dévasté mardi la capitale Port-au-Prince.
René Préval a évoqué un bilan de 30.000 à 50.000 morts, sans préciser d’où venaient ces estimations. Quelques heures auparavant, son Premier ministre Jean-Max Bellerive avait dit craindre « bien plus de 100.000 morts« .
Le séisme, de magnitude 7 sur l’échelle de Richter, est le plus violent depuis plus de 200 ans à frapper ce pays, l’un des plus pauvres de la planète.
Des écoles, des hôpitaux, des immeubles, des baraquements des bidonvilles se sont écroulés sous la violence de la secousse survenue mardi vers 17h00 locales (22h00 GMT).
Près de 24 heures après la catastrophe, des habitants erraient dans les rues dévastées, abruties par le choc, ou s’efforçaient de venir en aide à des personnes bloquées sous les décombres. La Croix-Rouge locale s’est dite débordée alors que l’aide internationale se met en place.
L’Onu a été durement touchée, le bâtiment de cinq étages abritant le siège de sa mission dans le pays, la Minustah, s’est effondré. L’organisation a déclaré que le nombre de ses employés morts serait probablement « extrêmement élevé ». Une centaine de personnes ont disparu sous les décombres de l’immeuble.
Au siège des Nations unies à New York, on n’a pas pu confirmer le décès du chef de la Minustah, le Tunisien Hedi Annabi, annoncé par René Préval.
L’armée brésilienne a déclaré que onze membres de son contingent au sein de la Mission des Nations unies pour la stabilisation à Haïti avaient péri et que de nombreux autres militaires étaient portés disparus.
LES SECOURS DEBORDÉS
Le palais présidentiel s’est également en partie effondré pendant le séisme. René Préval et son épouse n’étaient pas dans le bâtiment et ont survécu mais le président du Sénat figure parmi les personnes piégées sous les gravats.
Dans une interview au journal américain The Miami Herald, René Préval a décrit des scènes « inimaginables ».
Des dizaines, voire des centaines de milliers de maisons ont été détruites, a déclaré un porte-parole de la Minustah.
Dans les rues de Port-au-Prince, une ville de quatre millions d’habitants, erraient des gens en sanglots. Des cris s’échappaient des ruines.
« Aidez-moi à sortir, je meurs (…). J’ai deux enfants avec moi », a lancé à un journaliste de Reuters une femme bloquée sous les décombres d’une crèche dans le quartier de Canapé-Vert.
L’épicentre du séisme était situé à l’intérieur des terres, à 10 km de profondeur et à 16 km de la capitale. Le tremblement de terre a été suivi de plusieurs violentes répliques atteignant jusqu’à 5,9 de magnitude.
Haïti est très mal équipé pour faire face à ce type de catastrophes et a lancé un appel à l’aide internationale. Des habitants dégageaient des blocs de béton à mains nues pour tenter de sauver des proches.
Le porte-parole de la Croix-Rouge haïtienne, Périclès Jean-Baptiste, a déclaré que son organisation était débordée.
« Trop de gens ont besoin d’aide (…). Nous manquons d’équipement, nous manquons de sacs pour mettre les corps », a-t-il dit à Reuters.
Les communications sont coupées, les routes bloquées par les gravats et les arbres tombés, la fourniture d’électricité a été interrompue et l’eau potable manque.
« J’en appelle au monde, en particulier aux Etats-Unis, pour faire ce qu’ils ont fait pour nous en 2008 quand Haïti a été frappée par quatre ouragans », a déclaré Raymond Alcide Joseph, l’ambassadeur d’Haïti à Washington, dans une interview à CNN.
MOBILISATION INTERNATIONALE
Le président américain Barack Obama a promis « une aide indéfectible » à Haïti. Il a ordonné à l’administration américaine de fournir rapidement des secours aux sinistrés et l’US Navy a envoyé un porte-avions et trois navires amphibies.
Déjà, des avions P3 de l’US Air Force ont effectué des vols de reconnaissance au-dessus de la zone dévastée. La Chine, la France, l’Islande, la République dominicaine voisine, faisaient partie des premiers pays mobilisés pour porter secours au pays.
L’organisation Médecins sans frontières (MSF) a déclaré que ses trois hôpitaux en Haïti étaient inutilisables et qu’elle soignait les blessés dans des abris temporaires.
« Ce que nous voyons, ce sont de sévères traumatismes, des blessures à la tête, des membres écrasés, de graves problèmes qui ne peuvent être traités avec le niveau de soin médical actuellement disponible », a expliqué Paul McPhun, de la section canadienne de MSF.
L’école de médecine de l’Université de Miami a annoncé l’envoi d’un avion afin d’installer un hôpital de campagne sur place et le rapatriement de blessés dans un état critique vers la Floride.
La France, qui ne dispose pour l’heure d’aucune information sur d’éventuelles victimes françaises, a dépêché deux avions avec sauveteurs et vivres à Haïti. Entre 1.200 et 1.500 Français vivent dans ce pays, la grande majorité dans la capitale.
Au Vatican, le pape Benoît XVI a ordonné la mobilisation immédiate du réseau caritatif de l’Eglise catholique en faveur des victimes. La cathédrale a été détruite et l’archevêque de Port-au-Prince, Monseigneur Joseph Serge Miot, a été retrouvé mort dans ses bureaux, selon les médias.
La Banque mondiale, dont les bureaux situés dans la banlieue ont été détruits, a annoncé le déblocage de 100 millions de dollars d’aide d’urgence, l’Onu une enveloppe de 10 millions.
Avec les rédactions des Nations unies, de Washington, Paris, version française Pierre Sérisier, Clément Dossin, Guy Kerivel et Jean-Stéphane Brosse
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